REMBOB’ina. Joseph Kessel en Afghanistan. Voyageur amateur, écrivain et Académicien. 8/10

REMBOB’ina sait vraiment nous intéresser. Ce que nous avions loupé jadis, en raison de notre jeunesse, notre insouciance et un certain irrespect pour les « vieux » raconteurs d’histoire, nous est reproposé maintenant par ce bon Patrick Cohen. Il faut dire que ce Kessel très libre de 68 ans, avait marqué les esprits de ces contemporains. Il était judicieusement dans l’air du temps.

Et franchement cette exhumation documentaire est des plus passionnante. Surtout par les questions qu’elle pose.

Ici l’écrivain voyageur Joseph Kessel est « examiné » par le film et la télévision. Ce bonhomme, aux allures de baroudeur, ne prend pas un grand risque car il se raconte lui-même lors de son dernier voyage en Afghanistan.

Le film a des couleurs tellement pâles qu’on le croirait en noir et blanc. Il est mal défini. Il est de son équipe. D’où les biais et la relativisation qui en découle, de ce qui nous est donné pour naturel. Mais notre quasi journaliste sait tenir compte de tous ces paramètres. Pour « son image » c’est un pro.

Nous sommes en 1967. Il est au centre mais il met les formes pour tenter de s’effacer devant ce peuple qu’il semble tant aimer.

  • J’ai connu un autre grand voyageur qui était resté plusieurs années dans ce pays et qui était tout autant fasciné. Il y a donc bien quelque chose là derrière.

Croyez-moi ce récit presque sans fard peut étonner.

Il a été invité par le dernier roi de ce pays et donc il est annoncé et fêté dans tous les villages qu’il traverse. Il semble connaitre son affaire.

  • J’y étais un peu après lui, très jeune, et je n’ai pas un mauvais souvenir de ce pays poussiéreux que je me suis contenté de traverser d’Ouest en Est, sans y porter le même regard philosophique.

Les Bouddhas de Bâmiyân étaient intacts avant le passage des iconoclastes en 2001. Par la suite Kessel ira également vers l’Est et donc vers la frontière pakistanaise. Il profitera de l’inévitable bouzkachi, que d’autres m’ont raconté également. D’autres jeux d’adresse sont évoqués. Kessel n’oublie pas de dire que certaines cibles inertes d’aujourd’hui étaient des têtes d’ennemis vivants enfouis dans le sol, aux débuts millénaires de ces jeux. Il se complaît dans cette sauvagerie enjolivée, comme le montre son anecdote sur la violente Kali à Calcutta (déesse de la préservation, de la transformation et de la destruction). On a l’impression qu’il profite de ce nuage de rites anciens débridés, et pour se cacher et pour se rendre hors de portée.

Une fois à Kaboul, il se lance dans un long plaidoyer en faveur de cette civilisation primitive. Celle des origines, celle à taille humaine, celle des fortes amitiés, avec de vrais souffrances, de vraies joies et de vrais sentiments. En tout cas, il la voit comme cela. Ce n’est pas dénué d’un certain romantisme, assez artificiel.

Il est étonnamment aveugle sur l’absence de femmes dans toutes ces festivités villageoises, où seuls les hommes dansent entre eux. Et il ne critique pas les tchadors en ville, pourtant bien visibles dans le reportage, si j’ose dire. La misère, l’état de santé catastrophique (il a fallu un hôpital français à Kaboul) et toutes ces sortes de choses, sont occultés, en faveur d’un vieux rêve de vie moyenâgeuse.

Il est attendri par ces hommes au visage rude, armes à la main, mais qui, selon lui, savent montrer des trésors de gentillesse (sur commande ici?).

Kessel se reconnaît comme un « amateur » et non pas un vrai voyageur « professionnel » comme l’aurait été Henry de Monfreid, une de ses idoles. Monfreid partait pour longtemps avec une nécessité, celle de faire de l’argent.

Kessel se contente de partir quand cela lui chante, quand il se lasse de la sédentarité. Et il peut revenir quand il veut. Un « touriste » en quelque sorte. Il est devenu Académicien comme son neveu Druon avec lequel il a créé le chant des partisans. Quoi de plus vissé à son siège, et donc sédentaire, qu’un vieux sage sous la coupole. Et puis, tel un Alain Decaux, il s’est passionné pour raconter des histoires à la télé. Encore une position bien assise.

Pourquoi a-t-il ce virus des voyages finalement ? Outre le filon qu’il a découvert, et qui lui a permis aussi d’écrire ses 80 bouquins, et le plaisir authentique qu’il éprouve en se baladant, son histoire et sa génétique comptent pour beaucoup.

Son parcours le fait partir de l’Argentine, pour aller en Russie puis rejoindre la France (on peut rajouter aussi la Lituanie par ses parents). Et surtout « il a cela dans le sang ».

  • Comme c’est le cas pour beaucoup d’entre nous. Mais que ferons-nous quand les valeurs de l’ascétisme écologique militant et religieux nous aurons bridé totalement, pour notre faute calculée en « empreinte carbone » ? – Nietzsche, reviens-nous d’une manière ou d’une autre et conspue ces néo-prêtres castrateurs.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Henry_de_Monfreid

https://fr.wikipedia.org/wiki/Acad%C3%A9mie_fran%C3%A7aise

https://fr.wikipedia.org/wiki/Alain_Decaux

https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Chant_des_partisans

https://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Kessel

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