Retour à Montauk. Avis. Schlöndorff – Stellan Skarsgard – Résumé. (2017) 7/10

Volker Schlöndorff est indiscutablement un grand réalisateur de films.

Il a adapté de grandes d’oeuvres littéraires. Comme l’excellent « Le Tambour » (1979) à partir du livre du prix Nobel allemand, Günter Grass.

Le Neuvième jour (2004), tiré de faits réels, est une autre réalisation d’envergure, à couper le souffle.

Ici, il se base sur le roman Montauk, de Max Frisch. On devrait peut-être lire le livre pour mieux cerner la complexité des rapports entre les personnages, tant ils paraissent ébauchés dans cette réalisation.

Pas sûr. La concision du film se suffit à elle-même, en donnant ainsi une autre version plus charnelle, plus épurée. Et sans doute une autre histoire.

Il y a forcément bien moins de dialogues et de descriptions que dans le livre et davantage d’exposition d’états d’âmes, par les regards et les jeux corporels. C’est la loi du genre et c’est bien comme cela.

Volker Schlöndorff 80 ans maintenant, s’intéresse à la psychologie et aux amours des personnes d’un certain âge.

Le réalisateur cherche-t-il à répondre à ses propres interrogations ? Comme chaque fois, son engagement profond sur le sujet qu’il aborde est perceptible.

L’acteur Stellan Skarsgard (67 ans) souvent associé à des films ambitieux et sans complaisance est parfait dans le rôle du vieux cheval de retour. Il interprète un romancier talentueux et intelligent qui fait la promotion de son dernier roman. Il est encensé par le milieu intellectuel, mais plutôt désargenté. Il est accompagné par une femme qui lui pardonne tout (Susanne Wolff 46 ans). Même le peu d’attention et de considération qu’il lui prête.

Il est hanté par une phrase dite par son père avant de mourir. Dont le sens est à peu près celui-ci. Rien n’est vraiment important au final. Sauf les regrets de ce qu’on a fait mal et les regrets pour ce qu’on n’a pas fait. C’est pas la joie, mais cela donne l’occasion au héro de chercher à colmater une grande faille de son passé en cherchant à revenir sur une passion amoureuse qu’il n’a pas su faire aboutir.

Il a connu jadis une femme dont il a été éperdument amoureux et réciproquement. Ils se sont aimés. Le tourbillon de la vie l’a éloigné d’elle. Il en parle dans son dernier roman. Et il se trouve que dans sa tournée, il circule dans la ville où elle réside.

Il recherche ardemment à la revoir. Cette quête est surtout l’occasion de mieux exposer l’intensité et la ténacité des personnages.

Elle (Nina Hoss, 43 ans), qui a gardé une certaine prestance et qui s’est réalisée professionnellement au plus haut niveau, est moins emballée. Mais ce qui doit arriver, arrive.

En renouant avec le passé, cet homme désormais dégarni et bedonnant, croit que tout pourra redevenir comme avant, malgré les années. Il attend un miracle qui lui permettrait d’en finir avec cette blessure et le relatif vide affectif de sa vie.

Une courte union sur les lieux de leurs premiers amours (Montauk) lui donne l’illusion que cela fonctionne. Pour elle, cette satisfaction passagère est bien plus complexe. Car à travers la relation charnelle avec l’écrivain, elle n’a fait que penser à un précédent amour qu’elle a chéri encore plus que l’auteur, mais qui est décédé depuis quelques années. Mince !

Et même si elle jette à la tête de Stellan Skarsgard qu’elle aurait voulu par dessus tout qu’il ait été le père de ses enfants, elle n’est plus dans l’état d’esprit de jadis.

Elle préférera finalement rester seule avec ses chats et combler tous ses vides avec son prenant travail d’avocate de premier plan.

L’écrivain revient penaud vers sa béquille amoureuse (Susanne Wolff 46 ans) et lui décrète qu’elle accepte ainsi un salaud indigne. La scène où il dicte ses répliques à cette femme est intéressante.

D’ailleurs, plutôt que de plier le genou, chacun des personnages repart avec ses rêves impossibles, ses frustrations et son égoïste solitude.

Il y a un certain déséquilibre entre Nina Hoss et Stellan Skarsgard. Quelque chose qui ne colle pas parfaitement à l’écran. De l’ordre de l’improbable. Même si on nous « oblige » à penser que l’intelligence profonde de Stellan compense son manque flagrant de sex appeal.

Un autre personnage interprété par le talentueux et sobre Niels Arestrup, traverse l’histoire. C’est un richissime « ami » des deux. Il joue dans une autre catégorie. Il est surtout là pour montrer cette autre distance qui existe entre l’écrivain et ceux qu’il a connu. L’écrivain est bien seul.

Il y a de belles répliques dans le film.

Les personnages se laissent plus dériver dans la vie qu’il ne la dirige. Et ce sont de toutes petites choses qui font que de grandes choses se font ou ne se font pas. Chacun s’accommode de ce dessein flottant, quitte à se fracasser contre les rochers. A près tout, c’est le destin ! Et puis si les évènements sont favorables, on est quelque part l’élu du Destin. C’est flatteur !

L’être humain profondément insatisfait, mais nourri de folles espérances, gaspille ses amours, ses amitiés. C’est une course permanente vers un ailleurs qu’il envisage toujours plus radieux. Mais les années passants, les difficultés sont croissantes, les chances diminuent. L’horizon rétrécit. Les portes se ferment l’une après l’autre. Il risque de se retrouver coincé.

La joyeuse sérendipité des débuts devient un parcours contraint dans un labyrinthe étriqué, voire même sans issue.

C’est alors qu’intervient cette curieuse résignation. Plutôt que d’avouer qu’on puisse s’être trompé, qu’on ait loupé tel ou tel embranchement, on choisit de préserver son amour propre, en s’isolant du monde.

Un compromis bancal, où l’on préfère ce qu’on pense être un fier refus. Alors qu’il s’agit sans doute d’une réclusion forcée.

Et pourtant « va le nave ». Car curieusement il existe au fond de la mer les plus profondes des possibilités de rebonds. Quitte à accepter des espérances plus modestes chaque fois. Et ces cycles peuvent durer toute une vie.

Alors, contrairement à ce que dit l’auteur, dans le bilan d’une vie, il n’y a pas qu’une somme de regrets, il y a aussi une somme d’espérances. Cela revient à peu près au même, mais les espérances cela fait quand même plus gai.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Retour_%C3%A0_Montauk

Stellan Skarsgård
Nina Hoss
Niels Arestrup

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