Salé, Sucré. Avis film Taïwan – Ang Lee – Jacklyn Wu. 8/10 – 1994

Le réalisateur taïwanais Ang Lee nous a concocté un film d’amour(s) très agréable. Ce n’est pas pourtant un film « feel good » à proprement parlé.

Fait inhabituel dans le genre, ce récit à composantes multiples est loin d’être naïf. Les acteurs sont talentueux et on croit totalement à leur rôle.

En fait il s’agit de 4 histoires d’amour, qui correspondent tout naturellement aux 4 membres d’une même famille. Ils vivent sous le même toit.

Le patriarche est un grand cuisinier ; sans doute le meilleur de la place. Ce veuf âgé a la charge de trois filles, qui sont majeures à présent. Elles sont plus ou moins attachées à ce foyer. Mais en fait, elle voudrait bien échapper à la douce emprise paternelle pour profiter de leur propre destin.

Le génie culinaire commence à perdre pied. Son sens du goût disparaît peu à peu. Et tel un Beethoven devenant sourd, il compose de manière plus ou moins abstraite.

Mais il garde le cap et s’entend bien avec son ami, complice cuisinier lui aussi. Le binôme permet de maintenir la qualité.

En famille, il passe son temps à faire des plats élitistes pour ses trois filles. Il ne tolère personne d’autre dans sa cuisine. Il en fait beaucoup trop. Ce sont des sortes de mets impériaux. On assiste très largement à ces vigoureuses préparations. C’est d’une belle virtuosité. Et rien que cela est du grand spectacle. On voit que ce sont de véritables mains de chefs qui se donnent à ce grand art culinaire.

Les mignonnes ne peuvent ingurgiter tant de plats. Elle les survolent. Et par chance elles ne sont pas devenues des grosses dondons.

Notre vieux sage est plus complexe qu’il n’y paraît. Il soigne tout particulièrement une gamine qui fait fonction de « petite fille », qui est en fait la progéniture d’une amie d’une de ses filles. Cette maman courage subit un divorce pénible. Il y a quelque chose d’insoupçonnable là derrière.

1) La plus jeune de ses filles a 20 ans. Elle bosse dans un fast-food. Elle semble simple et sans histoire. On ne la voit pas venir. Par ruse, elle arrive à piquer le soupirant de sa collègue de travail. Elle tombe enceinte ce qui met son père devant le fait accompli. Elle partira de la maison avec son futur mari.

2) L’aînée jouée par Jacklyn Wu est une jeune femme magnifique. Elle aurait bien voulu suivre les traces de son père. Mais celui-ci trouvait que cette carrière n’était pas assez bien pour elle. Elle a réussi à se hisser dans le haut de la hiérarchie d’une grande entreprise. On lui propose maintenant un poste de direction en Europe. Elle le refuse pour l’instant car elle a des ambitions sentimentales locales.

Elle n’a pas vraiment d’attache.Mais elle nourrit quelques espoirs pour un beau jeune monsieur. Ce serait assurément un beau couple ; mais bien qu’honnête, l’homme cherche encore.

Elle est intéressée aussi par un cadre de premier plan qui travaille avec elle.

Alors que c’est la mieux lotie, elle n’aura que des déconvenues sentimentales. En plus elle s’est fait roulée dans un achat d’appartement.

Mon dieu qu’elle est belle ! On a vraiment envie de se porter à son secours.

C’est la dernière qui partira de la maison. Et encore plus ou moins contrainte, puisque le paternel a mis la propriété en vente. De plus ses aventures à Formose sont des impasses. Du coup elle choisit quand même le départ à l’étranger ; mais avec une certaine sérénité.

3) La cadette est professeur dans un collège. Elle est plutôt coincée et se réfugie dans la religion chrétienne. C’est loin d’être un laideron. Elle finira dans les bras d’un jeune prof de gymnastique assez maladroit. Troisième départ.

Voilà, cela fait 3 destins amoureux. Mais où est donc le quatrième ?

4) Le « vieux » prend sa retraite. Il devient la cible de la mère de la copine de sa fille. Une bavarde superficielle et médisante. Elle se donne des airs et s’attend à ce que le veuf tombe dans ses filets.

L’ancien organise un somptueux repas pour ses filles sur le départ. La « vieille » pipelette, sa fille et sa petite fille sont également invitées.

L’homme un peu saoul va faire des révélations. Tout le monde s’attend à ce qu’il parle de sa retraite, de son bilan de santé.

Il va leur dire deux choses de grande importance.

D’abord il va vendre la maison. C’est considérable, puisque c’est tout ce qui rattachait les 4 à la défunte mère.

Et puis il va avouer qu’il va se remarier. L’auditoire est surpris. La mégère croit que son tour est venu. Eh bien non, il s’agit de la fille de cette dernière qui a enfin obtenu le divorce. On comprend mieux l’implication du vieux vis à vis de la petite fille !

Et bien entendu la vieille éconduite va pester et maudire tout le monde.

Dans un des plans suivants, on verra pourtant la jeune femme choisie, enceinte du vieil homme. La boucle est bouclée. Chacun a pu assumer le destin choisi.

Merci pour ces deux heures de spectacle plaisant et intelligent. Un film de 1994 et qui donne le sentiment de ne pas avoir du tout vieilli.

C’est fort, harmonieux et délicat à la fois. Sans doute comme le sont les plats proposés.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacklyn_Wu

https://fr.wikipedia.org/wiki/Sal%C3%A9,_Sucr%C3%A9

Sihung Lung
Yu-Wen Wang
Jacklyn Wu
Yang Kuei-mei
Sylvia Chang

Salé, Sucré. Avis film Taïwan – Ang Lee – Jacklyn Wu. 8/10 – 1994
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