Sept Ans au Tibet (1997) 7/10 Brad Pitt-Harrer, passé nazi. Annaud gros benêt

Voilà un biopic qui reste historiquement discutable, en dépit des corrections qui ont été adoptées tardivement. Il est doublé d’un récit bien trop romancé. En cela ce long métrage révisionniste, de 136 minutes, mériterait juste un 3/10.

Mais si on le considère juste comme un film d’action hors sol, on ne peut que constater que c’est joliment filmé et bien raconté. On peut alors monter jusqu’au 7/10.

Au départ, le projet de Jean-Jacques Annaud, était de faire de Brad Pitt un demi-dieu ballotté par l’histoire. Mais il y avait gourance, car c’était copié sur une vision aseptisée qu’on devait au héros sportif Heinrich Harrer lui même.

Compte tenu des levées de boucliers, le Français a du remanier son travail in extremis.

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Cela commence assez mal pour la réputation de Brad Pitt, puisqu’il incarne le controversé alpiniste autrichien Heinrich Harrer. Un sportif exceptionnel, mais un caractère qui n’a pas hésité à choisir le côté sombre de la force.

Il a été chargé de mettre la swastika au sommet du Nanga Parbat. Ce sommet est devenu une cause nationale pour les Allemands. Jusque là, il leur a toujours résisté. Le vaincre signifierait le fameux Triomphe de la volonté (Triumph des Willens) qui séduit tant ce Reich, donné pour mille ans. Surtout si l’exploit est accompli par un blond, Dieux du stade (Olympia). Ça c’est l’histoire vraie. Mais comme on ne doit pas trop dégrader notre valeureux Brad, on lui fait avoir quelques pudeurs. Certes il embarque le drapeau à croix gammée, mais il fait un peu la gueule. Ça c’est faux, mais ils n’ont trouvé que cela pour lui sauver la face.

  • Les espoirs de conquête, qui sont portés par le plus haut de la hiérarchie nazie seront quand même déçus (dont Himmler qui a commandité cela)
  • Ce ne sera pas pour cette fois. Il faudra attendre 1970 et d’autres germanophones, toujours autant obstinés, pour faire aboutir ce dangereux projet.

Le scénario est basé sur les dires hagiographiques de ce personnage. Le service après vente suggère que notre vainqueur des cimes, a quand même eu de sérieux états d’âme. Il aurait été plus que réticent sur le côté politique de l’affaire. Mais en réalité, c’est exactement l’inverse qui est arrivé. Il a quémandé pour en être. Et il n’y a aucun mea culpa dans son livre !

C’est une construction réhabilitatrice qui est venue bien après, parce qu’il y a eu un scandale Harrer qui risquait de faire péricliter le film et qu’on ne pouvait plus décemment étouffer.

Jean-Jacques Annaud assez benêt dans cette histoire, n’a sans doute rien vu venir. Et cela a failli lui péter à la figure.

Les historiens sont bien moins élogieux sur cet Harrer. Certes notre gaillard aurait réalisé la première ascension de la face nord de l’Eiger en 1938. Ce qui est un exploit formidable… mais qui a aussi servi une certaine propagande. Il s’est prêté de bonne grâce à une photo du triomphe, tout proche du führer. Il sourit largement à côté de son maître.

Harrer a clairement adhéré au parti national-socialiste. Et visiblement, il faisait partie des militants de la cause, dès 1933, bien avant l’Anschluss. Il s’agissait de groupements pro-Hitler qui étaient pourtant interdits dans son Autriche natale ! On ne lui demandait donc rien, bien au contraire.

Par la suite, il s’est marié à une femme liée à des dignitaires nazis notoires. Il a même demandé officiellement la permission à Himmler !

Et ce sont ces actes d’allégeance qui lui ont permis d’aller conjointement avec les autres « Aryens » dans l’Himalaya. Il a même sollicité Himmler, par écrit, pour cela !

Ce beau sportif a aussi participé à un film de propagande de Leni Riefenstahl (Les merveilles du ski). On peut difficilement faire plus !

D’ailleurs il a bien réussi à dissimuler son passé comme ardent supporter du troisième Reich et ce jusqu’en 1997 ! Ce qui est assez curieux, vu le nombre de preuves.

Un mea culpa même si tardif ne lui aurait pas coûté grand-chose.

Mais ne chipotons pas. Pour un faire un blockbuster de 70 000 000 $, il faut un héros bien carré.

  • Ce n’est pas le seul problème de Brad Pitt / Harrer. L’histoire B nous montre qu’il a de sérieuses difficultés de couple. Sa femme, qui est enceinte, va même aller jusqu’à divorcer. Et elle ne souhaitera pas qu’il ait des contact avec son futur fils. Et ceci d’autant plus qu’il ne voulait pas cet enfant.

Cette nouvelle expédition nazie fut donc un échec. Et comme ils étaient dans une colonie britannique au moment du fiasco et que la guerre a été déclarée au même moment, lui et les Allemands ont été incarcérés sur place pendant 5 ans, par les Anglais.

Il aurait pu être libéré plus tôt, car comme Autrichien, il aurait suffi qu’il abjure officiellement l’idéologie nazie. Il s’y est refusé.

Il est parvenu enfin à s’échapper, en 1944 et il a rejoint le Tibet avec un Allemand. Ce périple a été extrêmement difficile physiquement parlant. De plus la ville de Lhassa était interdite aux étrangers.

Il a quand même réussi par se faire adopter par les autochtones. Il n’était pas bête. Il aurait même participé à l’éducation sur un mode moderne du futur Dalaï-Lama. Le notre, Tenzin Gyatso, le nobelisé. Là sincèrement c’est un peu trop gros, Brad Pitt passe pour lemaillon indispensable pour l’éclosion du Dalaï.

  • Le Dalaï a botté en touche en disant qu’on avait le droit de dire n’importe quoi et que de toute façon il n’avait pas vu le film.

Comble de malchance, les Chinois hostiles étaient en train de préparer l’annexion du Tibet de 1951.

  • Ce sont des communistes qui considèrent la foi comme une aliénation. Or cet état-province est avant tout une terre religieuse.
  • Là encore, les historiens nous en disent plus long. Le Tibet a été une région chinoise pendant des siècles. Ce concept de Tibet indépendant est assez récent. Les choses ne sont pas si simples que ne le voudrait la doxa actuelle qu’on nous fourre sans nuance dans le crâne. Reste que la reprise en main fut très sanglante. Ça c’est une tache indélébile pour les maoistes.

Il a obtenu une charge de traducteur mais aussi d’ingénieur. Sentant le vent tourner en faveur des Chinois, il est reparti vers les Indes.

Il a rejoint par la suite le Népal. Et Katmandou fut pendant longtemps son port d’attache. Il y exerça même des missions pour l’ONU.

Les historiens montrent que la thèse de la rédemption anti-nazie développée dans ce film est totalement bidon. D’ailleurs, elle ne se déduit nullement de son autobiographie.

Jean-Jacques Annaud se serait fait piéger. Comme l’affaire prenait de l’ampleur, il a été contraint de rajouter des scènes relatant un peu le fait nazi, et le relativisant plus qu’il n’était nécessaire.

« Le centre Simon Wiesenthal a déclaré qu’en faisant interpréter le rôle de Harrer par Brad Pitt, on courait le risque de transformer en héros un ancien nazi et d’occulter ainsi le legs du Troisième Reich »

70 millions USD

https://fr.wikipedia.org/wiki/Sept_Ans_au_Tibet

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