Snowden (2016) film faux, cause juste. Contre espionnage grand spectacle. Oliver Stone 6/10

Voilà un sujet très sérieux, qui est malheureusement rendu assez fade, par une mauvaise sauce hollywoodienne.

S’attaquer au film, ce n’est pas s’attaquer au travail de Snowden, qu’on se le dise.

Le sujet est diablement intéressant. Mais quelque part, la réalisation d’Oliver Stone n’aboutit qu’à un bon gros film américain de plus ; avec toutes les petites manies qui y sont associées quand on veut faire le spectacle.

On retrouve donc :

  • les séquences de suspense facile (le passage de la carte mémoire dans un Rubik’s cube, la fuite de HongKong…)
  • l’héroïsme exacerbé
  • une certaine forme de patriotisme
  • le justicier cowboy seul contre tous et qui gagne à la fin
  • l’histoire B édulcorante
  • sa propre clape
  • la fin triomphale et emphatique.
  • etc

Et pourtant l’ensemble est travesti en un semblant de récit antisystème, dans l’esprit des journalistes du Watergate.

L’histoire centrale est à présent bien connue.

Snowden a été recruté par les services secrets US en mal d’informaticiens doués dans la gestion des bases de données.

Il y aurait excellé.

Chemin faisant, il s’est rendu compte qu’on lui demandait des programmes d’assistance à un système de surveillance universel de toutes les communications. La NSA piochait comme elle voulait dans les mails et autres expressions que l’on pensait cachées dans le net, les conversations téléphoniques de toute la planète, y compris celles des grands dirigeants. Plus rien n’était privé désormais. Cet ensemble de données donne un pouvoir gigantesque à ceux qui savent le maîtriser. Désormais les espions n’avaient même plus à se déplacer.

  • Notre « ami » aurait même été impliqué indirectement dans une pression faite sur un banquier, grâce à des infos sur sa famille.

Alors que n’importe qui peut se rendre compte qu’il s’agit de procédés malhonnêtes, une astuce juridique semblait permettre ce pillage d’informations. Mais c’était en réalité un détournement des textes.

Le pouvoir veut faire croire que ce système est là pour contrer le terrorisme. Mais l’enjeu de la captation des renseignements est bien plus « la domination économique, le contrôle social et la suprématie des USA »

Snowden se rebelle intelligemment. Il n’affiche pas au grand jour sa réprobation, mais fait son travail de sape en silence.

Histoire B

Le récit est affadi par les amours de Snowden, homme de droite, et sa belle, femme de gauche.

Il hésite entre la transparence qui pourrait aider son couple et les nécessités de dissimulation en raison des enjeux nationaux et internationaux. C’est du dilemme classique, qu’on nous ressert un peu trop souvent, depuis le brave Corneille.

L’épilepsie du héros s’invite dans la danse ; elle vise à « humaniser » le propos.

On assaisonne le tout de la classique paranoïa liée au jongleries de l’espionnage. C’est toujours très ciné cette dramatisation là.

Ces aspects « privés » deviennent assez envahissants.

Conclusion patriotique

Sa conclusion est pourtant en forme d’éloge des « vraies » valeurs américaines, dont les droits fondamentaux défendus par la Constitution. Snowden en s’érigeant contre les abus des autorités serait encore plus américain que les autres. Même s’il prêche désormais depuis la Russie de Poutine.

Je ne me moque pas, disant cela.

Son combat est bien entendu méritant et incroyablement courageux. Et j’enlève d’autant plus mon chapeau devant lui… que je n’en porte pas. Mais le film confisque tout cela pour en faire un énième blockbuster formaté. C’est à ça le problème.

Intention de Stone

Le projet tient sans doute, en partie, d’une volonté de vulgarisation, permettant d’étendre la cible. Mais on ne peut pas omettre des considérations plus mercantiles en regardant le résultat.

Au point que j’ose dire ici que j’aurais préféré un documentaire honnête, sérieux et poussé, comme on sait si bien en faire maintenant

Il y a des questions valables qui ne sont pas posées. Même si le jeu en valait la chandelle, n’y a-t-il pas eu des vies brisées par les révélations ? Des projets commerciaux détruits par les fuites ? Des agents inquiétés ? En disant cela je ne prends pas le partie de l’Omerta, je questionne juste.

Oliver Stone est bien content que son acteur ressemble tant au vrai Snowden. Il agit comme un enfant en faisant fusionner les deux images au final. C’est bien cela le problème, on est plus dans le biopic d’imitation que dans celui de la réflexion.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Snowden_(film)

Joseph Gordon-Levitt
Shailene Woodley
Melissa Leo
Zachary Quinto
Nicolas Cage

toronto-2016-snowden-heros-ordinaire-aux-mains-d-oliver-stone

snowden-oliver-stone-et-l-antiheros

Pour la représentation de l’informatique au cinéma, on pourra lire le texte suivant :

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