Spitfire, les anges du ciel (Angel of the Skies) (2013) 5/10

Les Spitfire en question sont de faux amis, il n’y en a pratiquement pas dans le film. En fait l’histoire centrale se situe plutôt dans des bombardiers géants. Les spécialistes disent que ce sont des B24 Liberator.

Qu’à cela ne tienne. Plus que des aéronefs de légende, les anges du ciel sont ces héros en chair et en os, qui ne sont pas a priori des saints. Mais l’effort cinématographique est tout entier tourné vers le fait qu’ils le deviennent auprès du grand public (ou plutôt du petit public, vu que le film a eu l’insuccès qu’il mérite)

Et comme « Gott mit uns » a manifestement changé de camp (KL?) vers la fin de la WWII, ces pilotes de guerre et autres navigants non germanophones semblent s’en sortir miraculeusement, à chaque fois.

Tout le côté obscur de la force leur tire dessus en permanence, à pied à cheval et … en l’air.

Avec un résultat déplorable. Ils ne sont pas si bons ces nazis. Mein Gott, mein Gott, warum hast du mich verlassen ? (psaume).

Pourtant ils se donnent du mal pour avoir l’air méchant. Pas question de banalité du mal. A noter aussi la confusion permanente entre les SS et l’armée allemande dans le ciel, comme sur terre. Amen.

Les images de synthèse de combats aériens auraient été faites par le réalisateur sur son petit ordinateur. Il semble avoir très souvent oublié de faire tirer les chasseurs allemands, pourtant si bien positionnés. C’est très bricolé cette affaire.

Le bombardier des gentils va quand même finir par heurter le plancher des vaches, après quelques péripéties et des crises de management. Le doute s’insinue, le chef est-il vraiment le Messie ? Peut-être quand même, car quand l’avion se prend le sol avec tant de violence, à vitesse si élevée, il n’y aucun mort. Cela doit être un signe du ciel.

Comme cela en devient presque risible, on brise quand même une jambe à un protagoniste.

Et bien entendu, nos héros ont leur quart d’heure d’angélisme bien à eux. En particulier quand ils se retrouvent affamés, pourchassés et qu’ils se réfugient chez cette fermière allemande. Appelons là Josépha dite Marlène (la vache et le prisonnier) ou Marie (la Bible).

La pauvre, pressentant on ne sait comment que ces ennemis sont du bon côté, va tenter de les protéger un peu mais pas trop. Du coup le chef des méchants, qui a découvert son stratagème, ordonne qu’on l’achève. Ce qui ne le rend pas plus sympathique. Elle par contre devient une martyre ! Un bon milestone vers la sanctification !

Le méchant cruel, c’est toujours le même avec son rictus «diabolique » bien caractérisé… ils doivent avoir un problème de recrutement, chez les nazis dans l’histoire et chez les acteurs dans le film.

Des miracles, il y en aura d’autres. Quand tout semble définitivement compromis pour ces fuyards qui parlent l’anglo-saxon, un troupeau de fiers soldats anglais va justement poindre à l’horizon et les sauver. Des tuniques bleues à la panse bien farcie et sauce à la menthe. God save the soldiers. Je propose ici l’Alleluia du Messie de Haendel. Et pour cause, notre grand bonhomme est consensuel sur le coup, étant à la fois anglais et prussien.

On n’oubliera d’en mettre une belle couche quant à la tristesse de ces femmes restées au port et qui s’angoissent pour leur mari missionnaire (ou amant ?) – Le coup des pilotes dragueurs et qui font des tableaux chasses ne nous est pas épargné lui non plus. Un saint doit avoir du répondant.

  • Depuis que j’ai appris que chez les prêtres n’avaient pas fait vœu de chasteté mais se devaient juste au célibat, je vois les choses autrement. J’ose imaginer des curées très fornicateurs… et des saints chauds devant.

C’est donc de l’héroïque classique dans sa version sacrée … mais revancharde. Pas question de tendre l’autre joue jambe.

On est à des années lumières du réalisme intelligent du Il faut sauver le soldat Ryan (Saving Private Ryan) 1998. Quinze ans après le vigoureux travail de Spielberg, ce cinéma de genre semble n’avoir rien appris. Il donne dans du patriotique simplificateur et chauvin, comme on en faisait juste après guerre, soit presque soixante-dix ans avant. Come back désespérant.

Tout jeune lycéen en semaine d’immersion linguistique à Brighton, j’ai vu de mes propres yeux une famille anglaise vibrer puis quasiment pleurer devant un de ces films de guerre bien linéaires, tout entier à la gloire des valeureux pilotes sauveurs de la patrie du United Kingdom. J’ai encore les B52 devant les yeux. Pas question à cette époque de chambouler le récit national. Mais maintenant ?

La messe est dite, pas la peine de rajouter l’extrême onction. Mais please laissez moi encore une remarque d’inspiration prophétique : Venez à eux les petits et grands producteurs, car vous avez ici la démonstration qu’un film pas cher peut ne pas rapporter gros. Et plus encore investissez dans le talent (confer la parabole Matthieu 25:14-30).

Le bon dieu n’y peut sans doute rien. Cela dit, je ne suis pas son porte parole.

https://www.imdb.com/title/tt3160230/

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