Styx (2018) 7.5/10 Wolfgang Fischer

Quand on se prend la bôme en pleine figure.

Si l’on est pas averti, on risque d’être surpris. Ce film allemand commence comme un récit fastidieux d’un voyage en solitaire, d’une jeune femme urgentiste, en pleine mer, sur un voilier de 12 mètres, très bien équipé. Elle veut rejoindre pour la détente une île du sud de l’Atlantique. Cela ressemble alors à un assommant documentaire marin. Et la décourageante actrice Susanne Wolff incarne bien cet ennui. C’est fait exprès.

Et cela dure un moment. Attention, ne pas décrocher !

Et puis, elle rencontre une embarcation en perdition qui transporte des dizaines de clandestins africains. Ils sont à bout de force.

Elle reste à distance, mais signale aux autorités, qu’il y a un risque vital pour ces malheureux.

En tant que médecin et que personne sensible, elle veut faire quelque chose en attendant les secours. C’est une question de vie et de mort.

Elle se rend compte rapidement que les secours ne vont pas venir, ou venir trop tard. Même le mayday auprès des bateaux dans les parages n’aboutissent à rien. « on a des consignes, je risque de perdre mon boulot ». Voilà la réalité.

Il faut faire quelque chose. Les pauvres se jettent à l’eau et tentent de la rejoindre. Les récupérer est évidement très risqué, comme lui signale les autorités. De plus sa présence les incite à nager et à perdre ainsi la vie, compte tenu de leur état.

Il n’y donc pas de bonnes solutions. Elle dira clairement qu’elle ne sait plus quoi faire.

Elle récupère quand même un jeune nageur, qui arrive dans un état comateux. Elle lui redonne vie, c’est son métier, c’est sa vocation, c’est son devoir d’être humain. Elle se fait engueuler, à la radio, par les autorités.

Il n’y a pas d’un côté les gentils et les méchants. Le gamin noir recueilli ne lui fait pas de cadeau. Comme elle refuse de faire plus, il la fait tomber par dessus bord, pour tenter de récupérer son bateau et se porter au secours des siens. Qu’auriez-vous fait devant ce mur, si un être proche était en train de crever ? Il la repêche.

Comprenant que personne ne va remuer le petit doigt, désespérée, elle ment et signale que son propre bateau coule. Elle coupe toutes les liaisons, pour ne pas donner plus d’explications. Ça marche, les secours organisés se rendent sur les lieux. Ce qui en dit long.

Il n’y a pas de happy end. Et notre bonne samaritaine, qui a défié les autorités, qui a pris de risques, qui a sauvé deux petits, écope d’une enquête.

Dialogues intéressants. Par exemple, quand elle est à la radio, sous le coup de l’émotion, la doctoresse ne répond pas toujours bien aux questions. Ce qui donne un réalisme saisissant dans les échanges.

C’est une œuvre bouleversante, car elle réussit à installer une vraie problématique, sans tomber dans le pathos, toujours en restant dans les limites du factuel.

En positionnant une personne et une seule, dans ce dilemme, elle met chacun de nous en face de ces questions très sérieuses. Et peut-être que nous, comme elle, n’avons pas tant de solutions que cela.

Ce n’est pas sans rappeler les conflits moraux de ces villageois qui habitaient aux abords des camps de la mort. A ceci près que ces internés n’ont pas choisi volontairement leur galère. Et la secourable Allemande ne risque pas vraiment sa vie. Ce qui complique encore le raisonnement.

Aider ? Ne pas aider ? Qu’aurions nous fait ? Au delà des postures de principe, dans les faits, sommes nous réellement meilleurs que les autres ?

Une façon audacieuse et efficace de faire du cinéma engagé. Bravo au réalisateur Wolfgang Fischer ! Encore un bel exemple du réveil européen (sauf en France où ça dort sérieusement).

https://fr.wikipedia.org/wiki/Styx_(film)

Susanne Wolff
Gedion Oduor Wekesa
Kelvin Mutuku Ndinda

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