There will be blood (2007) 8.5/10

Certains films sont tellement au dessus du lot, qu’il n’y a vraiment rien à dire de plus.

Mais je ne vais pas me priver de m’exprimer ! C’est trop tentant !

There will be blood est tout simplement un travail magnifique. A tous points de vue. Grâce à Paul Thomas Anderson, un réalisateur de 37 ans, et bien sûr grâce aussi à toute son équipe, on assiste à un véritable renouveau du genre. Quel fraîcheur ! Quel plaisir !

On peut saluer d’abord un passionnant récit. On traite d’un homme parti de rien et qui va progresser au point de devenir un magnat du pétrole. C’est un réussite amère.

Mais ce beau self made man est avant tout un caractère. Le comédien Daniel Day-Lewis lui insuffle une force exceptionnelle et un réalisme bouleversant. On assiste là à prestation de très haut niveau qui a été saluée par l’Oscar du meilleur acteur, une distinction amplement méritée (*).

Le pétrolier a commencé tout petit, tout petit… Puis il a gravi les marches les unes après les autres. Il est tombé plusieurs fois et il s’est redressé. Il a pris des coups et il en a donné. Lors de ses colères, il a franchi les bornes. Il a même tué à deux reprises. C’est, on ne peut plus rude et direct.

  • Voilà un monde bien plus impitoyyyyableuh que dans Dallas, un autre récit plein d’hydrocarbures.

Pourtant cet homme n’est pas insensible. Il montre à son fils qu’il l’aime plus que tout et il accorde une généreuse protection à son frère. En tout cas au début.

L’histoire est tout sauf prévisible, édifiante et linéaire. La seule chose ne devrait pas nous échapper, est toute entière contenue dans le titre. Et pourtant on risque sérieusement de se faire piéger là aussi. Moi je l’ai été.

Tout le reste est riche de péripéties, avec une savante économie d’effets. Chaque évènement vient juste quand il faut. Cette belle histoire d’homme est avant tout un film qui respire à pleins poumons. Le scénario de ce long métrage est étonnamment fluide et bien construit.

La mise en scène et la prise de vue sont d’une qualité rare. Tout à du sens. L’image elle même est parlante, de part sa composition, de part sa crudité et de part son intelligent cadrage. La taille à l’écran allouée aux uns ou autres, révèle quelque chose de profond sur les personnages et les situations. Il y a parfois autant de minutie, de puissance contenue, d’étrange beauté et d’apparente simplicité, que chez un Rembrandt. Ce n’est pas pour rien que ce photographe là a eu un Oscar.

La musique, pour une fois, apporte vraiment quelque chose. Ce n’est pas une simple ligne mélodique qui souligne bêtement l’action. Ce sont d’authentiques créations de qualité que l’on doit au guitariste de Radiohead, Jonny Greenwood. Il y a aussi quelques emprunts à des classiques illustres. Le tout venant fort à propos. On est dans le haut de gamme.

Au fur et à mesure de sa montée en puissance, notre héros (ou anti-héros) devient de plus en plus misanthrope. Mais il reste un magnifique animal. Il faut savoir écouter ses confidences : « j’ai l’âme d’un combattant, je veux que personne d’autre réussisse » « plus j’observe les gens, et moins j’ai envie de les aimer » « je veux gagner assez d’argent pour me couper du monde » « je trouve les humains répugnants » – Et pourtant, par nécessité il compose, et en devient même étrangement sympathique.

De part la chronologie minutieuse, on a aussi une véritable leçon sur la montée en puissance de ce qui va devenir l’industrie du pétrole. Certains pionniers aux mains nues ont su prendre les bonnes décisions, au bon moment. Ceux qui n’ont fait que suivre se sont faits laminer. Des trusts ont été assez malins pour se mettre en travers, en faisant par exemple main basse sur les moyens de transports. C’est bien connu mais ici c’est raconté avec les tripes, quasi en temps réel.

Tout au long de cette aventure, il y a une tension permanente entre plusieurs pôles équidistants. Le rationnel ou l’irrationnel ? Vrai ou faux prophète ? Dieu ou superstition ? Mascarade ou sincérité ? Bénédiction ou malédiction ? Danger ou sécurité ? Succès ou échec ? Honnête ou malhonnête ? Confiance ou méfiance ? Fièvre ou tempérance ? Possession ou maladie ? Feu du diable ou incendie accidentel ? Révolte ou docilité ? Frère ou usurpateur ? Fils ou adopté ? On ne sera en mesure de se faire une opinion que tout au bout du film. Et encore.

Le spectateur est laissé relativement libre de juger. Ou plutôt, on ne lui en donne jamais assez pour qu’il puisse vraiment se décider. Et de nombreux changements de direction se produisent et viennent bousculer ce qu’on croyait acquis. Comme dans la vraie vie en somme.

D’aucuns y verront un exposé sur la solitude du pouvoir et l’enfermement par l’argent. Mais cette vision est bien trop conventionnelle et réductrice.

Il y a dans cette œuvre bien plus que cela. On doit prendre de la hauteur pour s’en apercevoir. On doit même se placer à un niveau prométhéen,. C’est à dire tout prêt du soleil, quand l’homme est en mesure de faire un pied de nez à sa condition de simple mortel. C’est le même thème, mais mâtiné d’hédonisme, dans Dom Juan défiant la statue du commandeur et donc les puissances de l’au delà. Les précurseurs étant Adam et Eve qui s’en prennent à Dieu, au point d’introduire un Mal irréductible. Opération réussie puisque cela va limiter sérieusement la toute puissance divine.

Le refus de la tutelle de la 3ème révélation, et le combat à mort que lui livre le nabab sont de ce niveau.

Bravo à ce grand et beau spectacle, dans lequel on ne nous prend pas pour des idiots !

Et puis il y a un happy end, si j’ose dire, puisque le héros retrouve à jamais sa fierté. Mais je vous laisse découvrir vous même le pourquoi de cette dernière pique ironique.

158 minutes de pur bonheur cinéphilique.

  • (*) Daniel Day-Lewis est vraiment un acteur qui a touché à tout – Il est extra dans son rôle de mauvais garçon de My Beautiful Laundrette (1985) – Il est très moyen, dans Le temps de l’innocence (1993) mais ce n’est pas de sa faute, c’est le film qui est pitoyable. Ici, à 50 ans, il est au mieux de sa forme, dans ce there will be blood. Il a trouvé ce qu’il lui fallait. Je le verrais bien chez les frères Cohen…

https://fr.wikipedia.org/wiki/There_Will_Be_Blood

Daniel Day-Lewis
Paul Dano
Ciarán Hinds

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