Thérèse Raquin (1953) 7/10 Marcel Carné

Il s’agit bien sûr d’une adaptation modernisée de l’intrigue de Zola. Mais cette œuvre, qui est imprégnée de l’esprit de l’après-guerre, apparaît finalement datée, quand on la regarde avec nos yeux contemporain. Près de 70 ans, c’est quand même un long bout de chemin !

  • C’était l’époque où le camionneur, déterminé et forcément tout en muscle – avant la direction assistée -, passait pour ce qu’on pouvait produire de mieux, en beau gars (cf Le Salaire de la peur avec Yves Montand, 1953 aussi). Le chauffeur de notre histoire sera le vecteur du désir.
  • Le motard, ici présent également, faisait partie d’une autre légende, empreinte de cuir noir et de liberté brutale (cf L’Équipée sauvage avec Marlon Brando, toujours en 1953 !) Ce sera le démon souriant.

On peut donc dire qu’avec ce camion et cette moto, le réalisateur Marcel Carné, aux grands succès dans le passé, a eu en quelque sorte la tentation de la modernité !

Un petit salut nostalgique, en passant, à cette vieille ville de Lyon. C’est agréable de se balader dans ces anciennes cartes postales en noir et blanc.

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L’histoire de ce trio, plus ou moins amoureux, est simple. Simone Signoret est cette fameuse Thérèse Raquin. Cette orpheline a été recueillie très jeune par une vieille tante désagréable. Par la suite la vieille l’a marié à son fils, joué par Jacques Duby. Ce rejeton, bien qu’il soit dans une trentaine bien sonnée, est encore couvée par sa mère. C’est un malingre teigneux et maladif qui se réfugie à tout bout de champ dans son lit. Et il est bien incapable de faire le bonheur de son épouse, bien au contraire. Il est pingre. Il est raciste. Il joue petit, petit… Il a tout pour déplaire.

Elle est bien au dessus de lui sur tous les plans. Elle se morfond. Elle rêve d’ailleurs. Mais elle se résigne quand même. Avec une héroïne si maltraitée, on est bien dans du Zola.

Le beau Raf Vallone fait irruption dans cette famille pathologique et bouscule la donne. Il n’a pas de mal à séduire la jeune femme. Dès lors, elle voudrait pouvoir mener une double vie en restant cachée. Elle veut maintenir les apparences car elle se sent une dette avec sa famille d’accueil. Le bel Italien lui, demande à ce que ce que la situation soit révélée au vilain mari. Ce qu’il fait.

A cette époque, le chef de famillesemble avoir tous les droits. Ce cocu hésite entre la dépression et l’agression. Finalement, il prépare un traquenard. Il entraîne la belle dans un soit-disant dernier week-end, afin d’essayer de la séquestrer chez des proches de confiance. Le temps qu’elle revienne à la raison bourgeoise. Elle ne se doute de rien et laisse faire, pensant même que c’est une dernière étape avant la libération. Ils prennent le train pour Paris. Mais comme Raf a des doutes, il va se glisser discrètement dans le wagon. Là, il est découvert et une explication tourne mal. Le mari est poussé hors du train en marche et il meurt.

Est-ce que la justice va avaler que c’est un accident ? En tout cas la pression policière est forte. Le nouveau couple ne va pas s’en sortir aussi facilement que cela. D’autant plus, qu’un gros grain de sable va compliquer tout cela.

On ne peut pas soutenir que la psychologie des personnages soit très travaillée. On est plutôt dans le gros trait.

  • Comme pour cette belle-mère acariâtre, qui suite au drame, a eu une attaque. Elle ne parle plus, et se contente de rouler ses gros yeux accusateurs. Elle sait !
  • Thérèse n’a pas trop d’états d’âme non plus.
  • Les deux amants énoncent simplement qu’ils se désirent, qu’ils ont envie l’un de l’autre. C’est clairement physique ici.
  • Finalement, le personnage secondaire, rebelle et calculateur, interprété par Roland Lesaffre, est le plus complexe.

Une mention particulière cependant, pour ces dimanches où la sainte famille joue aux petits chevaux avec de rares amis. Toujours les mêmes personnes, toujours les mêmes histoires et les mêmes invectives : « vous n’avez pas fait rouler les dés », « vous avez triché ».

Cette scène primordiale répétitive, autant épique qu’infantile, est quasi leur raison de vivre. Ce surréalisme déguisé fait penser ! Ce n’est pas la finesse bourrue de la partie de carte de Raimu et consorts (Marius 1931). C’est au contraire, une lourdeur voulue sur du moins que rien. Du coup cela signifie beaucoup, alors que justement le sens commun a fini par s’échapper.

  • Je ne sais pas si vous me suivez, j’en rajoute donc une couche. A mon avis, il faut y voir plus qu’une traditionnelle critique de mœurs. Par son excès, cela devient une sorte d’esthétique de l’absurde.
  • Il faudrait rechercher des analogies du côté de ce dîner fameux où les convives sont assis sur des WC au lieu de chaises classiques, dans Le Fantôme de la liberté de Buñuel (1974).
  • Mais là on sort totalement de la norme, Carné n’aurait pas oser aller jusque à ces extrêmes.

On peut rajouter, que les enchaînements du film sont bien faits et que la réalisation est de qualité. Et donc le scénario avance avec tout ce qu’il faut. On est intéressé par l’action et les situations.

Résultat : on prend nécessairement parti et on souhaite que nos deux tourtereaux s’en sortent le mieux possible. On est piégé, on devient complice.

Et pour tout dire, c’est quand même du Marcel Carné ! Difficile d’attaquer frontalement ce réalisateur à la ligne claire (klare lijn), à qui on doit entre autres : Drôle de drame, Le Quai des brumes, Hôtel du Nord, Le jour se lève, Les Visiteurs du soir, Les Enfants du paradis…

https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9r%C3%A8se_Raquin_(film,_1953)

Simone Signoret
Raf Vallone
Sylvie
Jacques Duby
Roland Lesaffre

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