Une nuit en enfer (1996) 7/10

Un film d’horreur hybride : pas assez sérieux, pour entrer au Panthéon du genre, pas assez comique pour en faire un film parodique. Et pourtant il y a un peu de tout cela. Et le résultat final n’est pas si mauvais que cela.

Outre ce scénario rebelle, qui flirte ouvertement avec le cinéma d’auteur, on peut apprécier le choix judicieux des acteurs.

Ce long métrage américain commence de manière très classique. L’acteur George Clooney incarne un évadé. Il est accompagné de son frère. Ils ont pillé une banque et ce faisant ils ont tué pas mal de personnes. Ils cherchent à se faire la malle. On les recherche activement. Ce sont des bandits sans états d’âme qui veulent rejoindre le Mexique, pour réaliser la transaction du butin avec un mafieux local.

Quand on sait que le frère en question est joué par Tarantino lui-même et qu’il est également le scénariste de cette affaire, on a peu de doute sur un basculement rapide dans l’extrême violence.

Et ça ne manque pas. De plus, notre passionné de cinéma figure un tordu qui est furieusement déjanté. Notre cinéaste devient ici un vrai cas psychiatrique avec délire interprétatif et tutti quanti. Plus vrai que nature. Tarantino a des prédispositions. Ceux qui le suivent s’en doutent.

La scène dans la station service, est un crescendo dans l’horreur dont Tarantino a le secret. Pourtant c’est réalisé par son complice Robert Rodriguez. On se souvient du très gore Grindhouse qu’ils ont mis au point ensemble. On a rarement été aussi loin que dans ce Boulevard de la mort (Death Proof) ou ce Planète Terreur (Planet Terror).

Nos deux frangins se réfugient dans un motel et là ce n’est pas très joli non plus. La repentance de Tarantino, sur fond de viol d’une vieille suivi d’un assassinat façon Jack l’éventreur, vaut le détour. Il faut savoir résister à ce mal-cuit quand il vous demande gentiment de venir s’asseoir à côté de vous pour regarder la télé. D’ailleurs tout au long de ce film, on se retient de se lever pour crier attention danger. Cette connivence savamment entretenue avec le spectateur, c’est un peu cela le secret.

Nos auteurs ont eu la bonne idée d’adjoindre à ce brillant duo, l’excellent Harvey Keitel, qui sera leur otage principal. Il figure un prélat, qui ne croit plus trop en dieu. Il est en vacances avec son fils et sa fille. Laquelle est jouée par la talentueuse Juliette Lewis. Elle montre toute l’innocence et la fragilité apparente qu’il faut, pour qu’on la croit une proie facile. Elle s’en sortira très bien.

La deuxième partie démarre au point de ralliement au Mexique. Grâce au mobile home de l’homme d’église, ils ont réussi à franchir la frontière sans trop de dégâts. Les voila maintenant devant une immense boite de nuit aguicheuse, mais totalement isolée. Il s’agit de l’établissement Titty Twister (le téton tournicoté) dont le chasseur patibulaire annonce clairement la couleur du sexe et de la débauche totale. Ils vont devoir patienter de la tombée de la nuit à l’aube (From Dusk till Dawn) dans ce repère du péché. Cela ne plaît pas du tout à la famille kidnappée du pasteur. Mais George et Quentin se lâchent. Comme ils sont très provocateurs, les ennuis arrivent en escadrille.

Le désastre annoncé n’est rien, par rapport au basculement complet du film. Suite à une danse lascive d’une redoutable call-girl – Salma Hayek ! – qui porte le doux nom de Santanico Pandemonium, on entre de plein pied dans un film d’horreur fantastique de la pire espèce. Dans ce domaine, vous l’avez compris, le pire signifie le meilleur.

Tous ces gens malfaisants se transforment en d’épouvantables monstres. Bonjour les trucages ! Et nos héros vont passer des heures à essayer d’esquiver leurs morsures fatales et à leur planter des pieux dans le coeur. Les zombies vampires vont déchiqueter et dévorer ce qu’ils peuvent. C’est le carnage absolu.

Après une mise au point théologique, l’ex prélat, partagé entre la non-violence et la lutte contre le Mal, se rangera à un habile compromis. Il attaquera les créatures infernales avec une croix-mitraillette.

Tous vont y passer, d’un côté comme de l’autre. Seuls s’en sortiront Clooney et la petite Lewis, sauvés par les premiers rayons de soleil. Une arme classique qui détruit facilement les vampires. On prend grand soin de respecter l’abécédaire anti-démons.

On sent que tout le monde s’est bien amusé, alors que la situation est on ne peut plus critique et compromise. C’est bien cela l’ambiguité du film : tuer en se poilant ! Des concepts qui dans d’autres mains n’iraient pas très bien ensemble.

On peut cependant donner à cette œuvre, le grand prix des métiers de la viande, version boucherie.

Rien à rajouter sur ce film désormais culte.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Une_nuit_en_enfer

George Clooney
Quentin Tarantino
Harvey Keitel
Juliette Lewis
Salma Hayek

Robert Rodriguez

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