Vétéran (Veterán) (2020) 7/10 Hřebejk

Un film tchèque solide et équilibré.

Une œuvre captivante, alors qu’au fond elle n’a rien de révolutionnaire.

C’est l’histoire d’un homme de 38 ans, franc et musclé, qui vient de passer 20 ans à la Légion Étrangère. Un corps d’élite de l’armée française où l’on peut se refaire une virginité. On y recrute des gaillards robustes de tous les pays, sans tenir compte de leur passé. Ils peuvent changer de nom et ne seront pas inquiétés par la justice, tant qu’ils resteront engagés. C’est la règle. En tout cas c’était comme cela dans le temps.

Il est dans ce cas de figure, car il a fait une grosse bêtise dans sa jeunesse. On le découvrira par petites touches, par la suite. Car ici, sur le moment, ce n’est pas si important.

Il est décidé à aller de l’avant. De toute façon, après 20 ans, il y a prescription. Il a le sentiment qu’il peut décemment tourner la page.

Il revient à Brno, siège de sa famille. Il découvre que sa mère est morte entre temps. Sa sœur est coincée dans un mauvais mariage, avec pas mal de difficultés financières. Son homme, qui boit, est insupportable. Il la bat. Notre héro défendra son dernier lien familial et fera calmement le ménage, quitte à briser un doigt à celui qui n’a pas tenu compte de son avertissement. Il se prend d’affection pour son petit neveu.

Son objectif est de démarrer un Café, où l’on ne vend que ce breuvage. Il s’inspire de ce qu’il a vu dans les pays exotiques qu’il a traversé. Il y croit. Il loue un local à un vieux méfiant et se donne beaucoup de peine pour aménager cet ancien atelier.

Notre héros est simple et direct. Mais il n’est pas bête pour autant. Il applique de manière mesurée, ce qu’il a appris pendant son service, à la vie civile. Et donc, tout en respectant les règles et le droit le plus possible, il n’hésite pas à se bagarrer. Et quand il a un soucis d’argent, ce lutteur de premier ordre, ce tueur de métier, participe même à des combats clandestins. Il sait qu’il ne doit pas dépasser certaines limites.

Et quand il voit un jeune se faire salement tabasser par un gang dans la rue, il n’hésite pas à intervenir. Il arrive facilement à bout des trois agresseurs. Et pourtant ce n’étaient pas des enfants de coeur. Le réalisateur montre habilement le savoir faire de l’ex soldat. Ce n’est pas le classique super héros aux talents surnaturels, mais plutôt un professionnel minimaliste, appliqué et efficace. On y croit.

Il se trouve que le garçon qu’il a sauvé de la mort est le fils d’un conseiller municipal influent de cette grande ville. La famille bourgeoise veut absolument l’inviter pour le remercier correctement. Le père se sent une dette envers lui et voudrait lui fournir une compensation. L’autre ne demande rien. Mais l’édile va quand même l’aider à obtenir les autorisations nécessaires à l’installation de son petit commerce.

C’est une famille aisée mais dysfonctionnelle. Ils vivent tous dans une grande maison moderne, isolée de tout. Le fils est un jeune homo désabusé qui a compris qu’il n’est pas aimé. Il sait que sa mère n’a plus d’importance non plus dans cette configuration. Seule sa sœur compte auprès du chef de famille. La sœur en question est encore vierge dans sa trentaine, tellement elle a été préservée artificiellement du monde extérieur.

L’homme instruit perçoit que sa fille est attirée par le beau sauveur. Cela ne lui plaît pas. D’abord il est réellement jaloux. Et comment accepter dans leur cercle, un homme qui est aux antipodes de ce qu’il est lui-même. Lui est rusé, calculateur, intriguant, totalement intellectuel et pas un brin physique. Alors que celui qu’il considère maintenant comme un intrus, est tout en biceps, n’a même pas son bac, s’endort au concert et n’a pas grand-chose à dire.

De plus, il espère que sa fille va poursuivre ses études dans une grande université américaine. Il l’envisage au fond comme une suite de ce qu’il est.

Mais ce qui doit arriver, ne manque pas de se produire. La jeune femme est irrésistiblement attirée par le bel homme. Comme d’ailleurs sa mère, et peut être le fils gai, mais là c’est juste virtuel.

Et finalement les trentenaires se mettent ensemble. La fille est terrorisée à l’idée d’être dépucelée. Elle craint avant tout d’avoir mal. Qu’à cela tienne, le légionnaire appliquera une méthode de « déconnexion », avec l’accord de l’intéressée, pour que la défloraison se passe pendant qu’elle est inconsciente. Étonnant !

Il entreprendra la même manœuvre d’écrasement des carotides pour lui faire un piercing « déconnecté » et sans douleur des oreilles. Là, elle était bien moins consentante et sera très désagréablement surprise au réveil.

A part ces détails, le couple se porte bien, et notre fleur qui risquait de faner, reprend vite de l’éclat. Lui, qui n’a pratiquement connu que les filles que l’on doit payer, est très heureux de cette vraie relation. On peut dire qu’ils sont amoureux.

Mais le père veille au grain. Il est en embuscade. Il a préparé un dossier sur l’ex militaire. Il connaît son passé. Il va profiter de l’anniversaire de sa fille pour le confondre devant toute la famille. Il lui ressort au moment opportun, que son crime a été de brûler une maison dans laquelle une petite fille a été très sérieusement abîmée. Ce qui aurait ôté à cette malheureuse victime, toutes chances de réussir sa vie.

Le sol glisse sous les pieds du coupable. Il ne s’attendait pas à cette autre technique de combat, celle des mots et des idées. Il est à terre. Il a beau dire que c’était accidentel et qu’il a payé maintenant, rien n’y fait. Il est KO.

Complètement abattu, il en arrive même à détruire son Café, qui était enfin opérationnel et venait à peine de démarrer. Il apprend même que son meilleur ami vient de mourir, ce qui n’arrange rien.

Tout est perdu ?

La promise va-t-elle en rester là et rejoindre en solitaire les USA ? Va-t-elle lui pardonner ? Elle choisit une solution plus intelligente. Elle va faire son enquête sur le terrain. Et bien entendu je ne dirai rien de ses conclusions.

Cela m’a fait du bien de me replonger dans cette atmosphère tchèque. Le fait que le récit soit assez universel n’y change rien, il y a l’esprit du pays là derrière. Cette nouvelle opposition entre les classes sociales est assez perceptible, pour ceux qui connaissent un peu cette magnifique contrée. Ce n’est pas la lutte des classes, dans ce pays qui n’a jamais été sincèrement communiste, mais où cela lui a été imposé. Il s’agit d’une transposition plus profonde, qui oppose en gros de froids intellectuels, qui ont leurs mérites, à des êtres avant tout fait de chair et de sang, avec tous les sentiments sincères qui les accompagnent. Lesquels sont bien entendu tout aussi indispensables. Le fait que les uns peuvent tempérer les autres est une belle leçon. Et cela marche dans les deux sens.

Le réalisateur Jan Hřebejk a fait du bon travail. Les acteurs sont de qualité. Je ne peux pas les citer tous. Milan Ondrík, le personnage central est très étonnant. Et les autres, Marie Poulová, Pavel Kríz, Alena Antalová, Vincent Navrátil, Éva Bandor, Jan Kolarík… ne déméritent pas.

https://www.imdb.com/title/tt11287832/

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