Violent Cop. Avis 1er film Beat Takeshi Kitano, réalisateur voyou. Résumé (1989) 7/10

Takeshi Kitano est avant tout l’acteur principal de ce film. Il en est devenu réalisateur, à la volée, suite à une défection. En ce sens, c’est donc son premier film. Et pour ce travail là, il n’avait absolument aucune formation. On ne peut donc pas décemment tout lui mettre sur le dos.

Il ne s’est pas si mal débrouillé. Il a imposé des plans fixes, de longues déambulations, des toisements interminables et des silences. Cela deviendra sa marque de fabrique. Mais il a du faire avec un scénario assez conformiste.

L’histoire est de type flic ou voyou, avec les passerelles classiques entre les deux mondes. C’est un assez bon polar, mais pas le meilleur Kitano.

On assiste à une déferlante de violence, avec une complaisance pour les coups sanglants et les défonçage de crane. Selon les canons du genre, la fin se doit d’être pire encore. Il y a donc une escalade qui frise l’horreur. Mais bizarrement ce n’est pas si malsain que cela. Et si notre « héros » tue quasiment tous les méchants, c’est plutôt pour faire place nette. Un peu comme un technicien de surface qui vient à bout de la saleté. Et s’il exécute sa sœur aussi, c’est que vraiment il n’y a plus rien à en tirer. C’est un geste généreux, comme quand « on achève bien les chevaux » blessés.

Comme pour excuser ce carnage généralisé, un protagoniste lancera un « tous complètement cinglés !»

Et puis tout cela n’a pas d’importance. Les « acteurs » changent mais l’organisation sociale avec son équilibre vertu et vice, reste toujours strictement la même.

En se débarrassant des ripoux et des malfrats du moment on n’éteint pas le problème.

On le voit dans le dernier plan qui nous montre un ex flic débutant, jadis vertueux, et qui est devenu corrompu comme les autres. La pègre décimée se reconstitue de la même manière. A quoi bon se fatiguer.

Merci l’artiste d’avoir mis ton film en musique sur la seule base de la première Gnossienne d’Erik Satie (1890), version revisitée mais bien identifiable. Les Français avertis te saluent pour cela.

Je ne voudrais pas donner l’impression de vouloir sauver à tout prix le soldat Kitano. Je mets pourtant un 7/10 à cet opus, qui me semble un peu trop convenu encore. C’est uniquement parce qu’il permet de mieux comprendre la trajectoire de notre artiste. On sent là qu’il a envie de s’extirper des lourdeurs et de la viscosité du conformisme du polar Mais il n’a pas encore toutes les forces qui lui permettraient de s’en désengluer.

Il a tenté de faire table rase. Il n’y a plus d’affects ici ; juste des situations et des instruments. Même le supposé code de l’honneur, de part et d’autre, a disparu. Ce ne sont plus que des rapports de force d’une totale bestialité. La seule « humanité » est dans la dérision et le cynisme ; une vision dévoyée du propre de l’homme.

Cette conception désabusée du monde tend vers le vide houellebecquien.

« L’absence d’envie de vivre, hélas, ne suffit pas pour avoir envie de mourir. » – Plateforme

Tout s’arrête. Il n’y a plus de projet commun. Et désormais on n’agit plus que sous la crainte et la contrainte. L’angoisse mène le monde. Nous sommes devenus des ânes qui avancent uniquement sous la menace du bâton. Même plus de carottes ! Regardez bien autour de vous, en particulier dans ce poison que nous distille la télévision, on en est bien là.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Gnossiennes

https://fr.wiktionary.org/wiki/houellebecquien

https://fr.wikipedia.org/wiki/Violent_Cop

Violent Cop. Avis 1er film Beat Takeshi Kitano, réalisateur voyou. Résumé (1989) 7/10
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