Viridiana (1961) 8.5/10 Buñuel

Voilà un sujet particulièrement intéressant.

Luis Buñuel est issu de la matrice surréaliste. il est déjà connu à cette époque pour son côté novateur et iconoclaste.

Dans cette œuvre, il allie une cohérence formelle avec une véritable bombe sociétale.

C’est donc un déroulé classique dans lequel on a introduit savamment des principes explosifs.

– – –

Le film nous montre l’évolution d’une candidate au couvent.

Cette jeune femme lumineuse est incarnée par Silvia Pinal, qui joue très soft, presque effacée.

Elle est sur le point de prononcer ses vœux, quand les bonnes sœurs reconnaissantes, suite à un gros don, lui demande d’aller voir son riche oncle. Elle n’en a pas très envie, sans que l’on sache exactement pourquoi. Le doute est semé.

Celui-ci est veuf et vit dans le souvenir de sa défunte épouse. Viridiana ressemble beaucoup à cette autre blonde.

Une fois sur place, elle finit par comprendre que ce senior, très bien joué par l’immense Fernando Rey, la désire et qu’il veut la posséder.

C’est la servante du vieux qui dit tout haut ce que cet homme mûr n’ose pas exprimer.

Comme la future none refuse catégoriquement de l’épouser, il la drogue et s’apprête à la déflorer, pour qu’elle soit contrainte de renoncer à son engagement religieux. On sent déjà très bien toute la puissance de cette tentative de destruction par le sexe de la sacro-sainte institution.

Le vieux renonce. Voyant sa cause perdue, il se pend à un arbre de son jardin.

Viridiana est une innocente qui semble vouloir expier les péchés de son proche parent.

Elle refuse de retourner au couvent et se consacre désormais à la cause des mendiants et filles perdues du village. Elle est rejoint par le fils du défunt, héritier lui aussi, et sa compagne. C’est un bel homme organisé et qui apprécie les femmes (Francisco Rabal). Il séduit même la bonne (Margarita Lozano). Le désir et la sexualité sont partout dans le film, avec en plus les attraits du péché.

L’angélisme de la blonde, la pousse à recueillir ces pauvres difformes et effrayants, dans la grande maison familiale. Elle vise une sorte de réhabilitation par la compréhension et une réinsertion par des petits boulots. Le fils n’apprécie pas du tout le comportement trop généreux de l’innocente. Il sent le danger.

Et cette cour de miracles ne tarde pas à faire des siennes. Ils se chamaillent. Certains ne foutent rien. Un des leurs qui a probablement la lèpre, est rejeté. Il n’y a pas de cadeaux entre eux.

Pensant que les maîtres sont partis jusqu’au lendemain, ces « salauds de pauvres » organisent même un repas orgiaque et délirant. Ils parodient les coutumes des nantis. Le conformisme de classe est tourné en ridicule.

Ils se prennent en photo, et ce beggar’s banquet est alors l’exacte reproduction de la Sainte Scène. Buñuel tire la langue au sacré à nouveau.

Et cet exposé assez cru de la sexualité de ces sans-dents crasseux, frise l’horreur.

Et comme les propriétaires reviennent prématurément et que tout est cassé, pillé, les misérables n’ont d’autre issue que de les faire prisonniers. Ils sont même sur le point de violer Viridiana.

Une belle leçon qui met à mal l’extrémisme des bons sentiments.

Elle s’en sort grâce au fils.

Et rapidement on bascule dans une nouvelle ère. Après les Alleluias du Messie de Haendel et le Requiem de Mozart, le film se retrouve dans une banale musique des yéyés de l’époque. Le dernier plan montre le trio, fils, bonne et Viridiana jouant aux cartes. Et on se doute qu’ils vont vite former un ménage à trois. Et cette fin n’est qu’une version adoucie de ce qu’elle aurait du être.

– – –

C’est le choc !

Dans le monde d’hier règne une sexualité de l’interdit et de la culpabilité (qui a ses charmes), dans l’emphase de prétendus grands sentiments, le tout souligné par cette grande musique, avec des barrières sociales étanches, avec un immense surmoi religieux.

Et dans l’époque qui s’annonce, c’est l’amour simple, communautaire et décomplexé où le rang social importe peu et où la religion, si elle perdure, est reléguée dans un petit coin de la conscience individuelle.

On retrouve quelque chose d’approchant dans le merveilleux et scandaleux film de 1964 « journal d’une femme de chambre ». Et pour cause, il est également réalisé par Luis Buñuel. On y voit les magnifiques Jeanne Moreau, Michel Piccoli dans les rôles principaux.

A noter que le livre prémonitoire du journal date de 1900 et que celui de Halma qui a donné Viridiana est de 1895. Et donc même si le constat ne date pas d’hier, on ne peut que constater que l’emprise est toujours présente, jusqu’aux années 60, surtout dans l’Espagne franquiste.

Scandale et Palme d’or du festival de Cannes 1961. Condamnation du Vatican. Interdiction en Espagne jusqu’en 77 (après la mort de Franco).

Et même si ces combats semblent lointains, le film a gardé énormément de prestige et de force.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Viridiana

Silvia Pinal
Francisco Rabal
Fernando Rey

Envoi
User Review
0 (0 votes)

Laisser un commentaire