Garde à vue – Avis. Serrault – Ventura – Résumé. (1981) 7/10

Ce film est souvent très bien classé. Mais je trouve qu’on en fait un peu trop à son sujet.

Certes, on y voit des numéros d’acteurs extraordinaires et on ne peut bouder ce plaisir.

Mais il y a aussi quelque chose qui ne colle pas et me déçoit. Ma réserve vient du fait que l’intrigue a été complexifiée au moyen d’une pluie de leurres inutiles. Il s’agissait forcer le scénario à rentrer dans des cases, afin de faire durer le suspense. Il reste donc un bon film psychologique mais un thriller très moyen.

Pour que ce film tienne sur ses deux jambes, il faut un innocent, qui paraisse bien coupable. Et finalement le gardé à vue, pourrait n’être pas si innocent que cela, en tout cas, déjà dans ses intentions.

La finesse et l’intelligence auraient pu permettre de faire une histoire béton. Mais il aurait fallu se torturer davantage les méninges.

Les indices s’accumulent ici assez artificiellement et de manière totalement univoque. Trop c’est trop. Cette jonglerie n’est pas une prouesse, mais un exercice fabriqué de toutes pièces. En tout cas dans le film. Car je n’ai pas lu le livre. Quand une œuvre ambitieuse manque comme cela de rigueur, je n’ai pas envie de tirer mon chapeau.

Le flic principal de la garde vue, c’est Lino Ventura, que l’on montre souvent en gros plans, et qui joue avec dans tous les registres possibles du flic tenace, mais compréhensif. Il fait preuve d’une « sincérité » incroyable. Ce gros matou est vraiment là, devant nous. Lui, on a envie de le croire.

Le présumé innocent, ce qui veut dire présumé coupable en langage ordinaire, c’est Michel Serrault. Il est au mieux de sa forme. Il colle bien avec l’ambiguïté fondamentale de son personnage, mais il en rajoute tout de même un peu. Ainsi, on sent que c’est bien lui à la barre.

Les très bons dialogues sont d’Audiard et cela aide beaucoup. Cela dit, on ne s’en rend pas trop compte, car le texte n’est pas dans son plaisant registre coutumier. Il aurait d’ailleurs été bridé. Et c’est sans doute mieux comme cela.

Sa femme distante, c’est Romy Schneider. Elle est à la fois insoupçonnable, effacée et inconsciemment vénéneuse, mais c’est le script qui veut cela. Cette femme désespérée finira par se tuer, comme sans doute l’actrice dans la vraie vie, quelques mois plus tard. On a voulu que cet épisode reste un mystère.

Le policier adjoint, c’est Guy Marchand. Il est plus vrai que nature dans ce rôle de flic instinctif et blagueur. Il est parfaitement à sa place.

La jolie enfant Camille, à qui Michel parle comme à une femme, n’est autre que la future chanteuse Elsa.

Ce scénario en fait vraiment des tonnes, en accablant Serrault jusqu’à l’absurde. D’habitude les hasards font trop bien les choses, mais là ils les font plutôt mal. Les preuves, ou plutôt les indices « circonstanciels » sont situés dans un registre excessivement démonstratif et capillotracté. Il faut constamment surcharger la barque pour mener in fine à des aveux crédibles. Mais il n’est pas inutile de préciser à décharge, que ceci est mené avec une belle progressivité. Il y a de quoi faire illusion grâce à ce procédé.

Dommage car avec un peu moins d’éléments à charge, plus de subtilité, le film aurait été plus convaincant, et même possiblement un chef-d’œuvre.

Il y a des germes d’erreurs judiciaires crédibles à posteriori et d’autres non.

Je passe sur l’évident côté Bruay-en-Artois du film, cette affaire où une justice de classe (inversée, type « lutte des classes ») a accablé injustement un notable.

L’importance du sujet psychologique de ces couples où l’un déteste l’autre à mort, est un axe du film qui me semble avoir mal vieilli également. Le long couloir, avec la porte close de l’épouse qui fait chambre à part, aurait plutôt tendance à faire sourire de nos jours. C’est plutôt l’ambiance d’avant le divorce pour consentement mutuel (1975). Le scénariste le sait et tente de se justifier d’ailleurs.

Bref, il y aurait un très bon remake à faire, en gommant toutes ces imperfections et en trouvant d’aussi talentueux interprètes (les 3 protagonistes principaux sont morts). Il faudrait un cinéma français moins paresseux que celui d’aujourd’hui et ce n’est pas gagné.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Garde_%C3%A0_vue_(film)

Lino Ventura
Michel Serrault
Romy Schneider
Guy Marchand

Garde à vue – Avis. Serrault – Ventura – Résumé. (1981) 7/10
Envoi
User Review
0 (0 votes)

Laisser un commentaire