Poirot joue le jeu – Film Avis. David Suchet. Résumé. (2013) 6/10

Qui oserait critiquer la scénariste à succès Agatha Christie ? (Dead Man’s Folly)

J’ai bien dit scénariste et non pas romancière, car ses créations policières sont à présent davantage visionnées, que lues. L’essentiel demeure à l’écran, puisque les machineries qu’elle expose, reposent sur des faits. Pour lui rendre grace et ne pas la trahir, il suffit donc de correctement les mettre en scène. De nombreux producteurs, cinéastes et acteurs s’y sont attelés, en raison de cette apparente facilité. Trop nombreux sans aucun doute.

Notre bon David Suchet fait un Hercule Poirot tout à fait honorable. Il incarne méticuleusement ce principe de Ordo ab chaos. On peut donc se baser sur cette série de qualité pour donner un point de vue raisonnable.

Quelque chose m’intrigue depuis toujours. Est-ce que ces histoires, bien que solidement construites, ne sont pas trop compliquées ?

Pour se faire une idée, il suffit de se poser les deux questions suivantes :

1) Il y a-t-il dans la vraie vie des meurtres qui comportent tant d’enchevêtrements circonstanciels ?

Ici par exemple :

  1. il faut que le riche propriétaire des lieux soit un imposteur,
  2. qu’il ait des tas de casseroles, mais que personne ne les voie,
  3. qu’aucun proche, ou presque, ne reconnaisse un fils de famille qui a été longtemps dans ces lieux,
  4. qu’il ait été mort mais qu’il soit bien vivant,
  5. qu’il y ait eu bigamie,
  6. que ce personnage soit doué pour la mise en scène,
  7. qu’un bijou soit glissé dans la poche d’un innocent,
  8. qu’une employée l’aime en cachette,
  9. qu’une femme puisse être prise pour une autre,
  10. que tantôt une personne soit une Italienne et tantôt qu’elle ne le soit pas,
  11. qu’elle soit arriérée ou non,
  12. qu’on ne la reconnaisse pas comme une tricheuse et une usurpatrice,
  13. qu’elle ait le don d’ubiquité,
  14. qu’une Hollandaise l’accompagne mais que cela n’ait pas d’importance,
  15. que quelqu’un d’autre passe par la case Afrique du Sud,
  16. qu’un vague cousin d’Amérique se déplace en bateau,
  17. qu’une lettre importante soit égarée ou non,
  18. qu’une mère soit complice,
  19. qu’il y ait un héritage,
  20. que de très grandes sommes soient en jeu,
  21. que dans cette grande famille, il n’y ait qu’une seule ayant-doit,
  22. qu’il y ait eu détournement,
  23. qu’un chantage soir possible sans que cela s’ébruite,
  24. qu’il soit indispensable d’organiser un jeu de détective grandeur nature pour commettre un assassinat,
  25. que les criminels influent habilement sur la mise en place de ce jeu,
  26. qu’on ne se souvienne qu’ils aient été des manipulateurs,
  27. qu’il y ait plusieurs meurtres en cascade,
  28. que la victime désignée par le jeu, devienne la vraie victime,
  29. qu’une romancière aguerrie de polar soit là,
  30. qu’Hercule Poirot soit là lui aussi,
  31. que les inspecteurs en charge se trompent de coupables,
  32. que les criminels se tuent,
  33. et je passe sur les accessoires « indispensables », comme ces chapeaux trop grands,
  34. ces tenues de globe-trotter,
  35. la boucle de ceinture tombée fort à propos,
  36. les pins avec un avion,
  37. le temple de l’amour (Folly) construit à la va vite…

Tous ces maillons conditionnels doivent être présents et ils sont supposés intervenir au bon moment. Sinon la fragile cathédrale s’écroule.

Il est clair que ce genre de crime n’existe pas en vrai, ou alors il dépendrait d’une telle dose d’improbabilité que cela en deviendrait tout bonnement incroyable.

Un cas d’espèce, une bizarrerie, dont la singularité devient le principale intérêt.

Et pourtant de telles équations capillotractées se répètent de scénario en scénario, ce qui égratigne pas mal la théorie des probabilités.

Un spectateur sain devrait trouver cela risible. Mais nos réflexes de défense ont été neutralisés. Déjà, la matière ne s’y prête pas. Le crime c’est du sérieux, surtout avec toutes les bassesses que cela suppose et qui sont largement exposées ici. Et il faut dire qu’on ne lui laisse pas le temps de se poser de telles questions. Il est pris dans le tourbillon de l’action.

Pour faire diversion, il est baladé dans tous les sens, et même de pays en pays. C’est sans doute là que réside le talent le plus consistant de l’écrivaine. Ce ne serait alors qu’une prestidigitatrice hors pair.

2) La manière de découvrir l’assassin est-elle crédible ?

Non, sauf votre respect Hercule, j’ose dire qu’elle est tout aussi invraisemblable. Cela ne dépend pas de ses petites cellules grises. C’est le problème de ce procédé littéraire qui consiste à nous égarer le plus longtemps possible. Le coupable ne doit pas être celui que l’on croit. Et cette méthode de camouflage/décamouflage est déclinée sur la plupart des personnages, les uns après les autres. Jusqu’à bien entendu la sacro-sainte scène d’élucidation finale. Tout les mis en cause sont bien coupable de quelque chose, mais certains nettement plus que d’autres.

On ne peut pas penser sérieusement qu’une réelle enquête soit confrontée à un tel systématisme et un tel équilibre des positions. Même s’il y a plusieurs suspects, les indices retrouvés, les alibis, les motivations, font que certains porteront le poids de la suspicion plus que d’autres.

Dans la vraie vie, les enquêteurs ont le plus souvent une conviction qu’ils tentent d’étayer au fur et à mesure, même si en effet ils ont le devoir d’explorer toutes les pistes.

Il est bizarre que tout le monde se retrouve à égalité dans le petit monde d’Agatha.

Les enquêtes de Poirot ne sont pas donc pas du tout naturelles. Mais ce qui ne nous empêche pas d’aimer le détective et d’apprécier sa psychologie. C’est la même chose pour les Maigret, avec ces remarquables peintures sombres de différents milieux. Le cadre et/ou les caractères finissent par devenir l’essentiel. Le crime et sa résolution passent en arrière plan.

Bien sûr je suis conscient qu’il s’agit avant tout de fournir du suspense et d’aménager le cheminement mental du lecteur. Ce qui ne peut se concevoir qu’avec des rebondissements et des fausses pistes glissées ici ou là.

Et ces excès sont bien pardonnables, surtout quand on sait que l’on est ici dans le 68e épisode – Saison 13 / Épisode 3. Même en mettant toutes les équations possibles sur le papier, avec une ou plusieurs inconnues, on arrive assez vite aux limites.

On doit bien comprendre que l’on est pas si bête de ne pas avoir trouvé la solution, car la faute repose seulement sur l’auteur qui nous a embrouillé. Ceci est susceptible de nous libérer de cette culpabilité là. CQFD

Pas étonnant que pour de nombreux opus, on se souvienne plus très bien des méandres de l’histoire.

Petite fantaisie de la production : Agatha Christie a bien vécu dans la maison où cela a été tourné, Greenway Estate.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Poirot_joue_le_jeu_(t%C3%A9l%C3%A9film,_2013)

Poirot joue le jeu – Film Avis. David Suchet. Résumé. (2013) 6/10

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