Avis. Die hard. Film – Bruce Willis – Résumé (1988) 4/10

Le premier de la série. Piège à con de cristal ?

D’après certains spécialistes, Die Hard serait une œuvre emblématique de la catégorie « films d’action ». Et pour les aficionados les plus partisans, elle n’aurait jamais été égalée.

C’est pourquoi en bon soldat de l’écran, j’ai visionné ce présumé « chef d’œuvre ».

  • Amis rationalistes, à l’aide, je souffre !

C’est déjà dur pour moi de voir un film d’action au tout premier degré, quel qu’il soit. Et, elles sont bien finies, les joies simples de l’adolescent attardé qui sommeillait jadis en moi (en nous tous ?).

Quand il y a des incohérences aussi flagrantes dans un film, il faut dire que cela me bloque complètement.

J’énumère.

– D’abord, au sommet de la totale impossibilité, ce héros soumis en permanence à des coups et de la mitraille serrée, et qui ne s’en sort qu’avec des égratignures.

Lors de ces passages paroxystiques aussi bruyants qu’absurdes, je finis par me boucher mentalement le cerveau. J’attends le plan suivant qui sera toujours plus calme. Aussi inéluctable que le beau temps après la pluie (de feu). Plus ponctuel que Godot ou Grouchy.

De toute façon, je n’ai pas à m’en faire, puisque Bruce Willis sera encore là, encore et toujours. C’est la loi magnanime de l’héroïsme de cinéma. Le héros ne meure jamais ou presque.

Les boules Quies mentales en place, je m’étire et je baille. Même pas peur, grâce au filtre je ne perçois qu’un peu bruit et un minimum de fureur. Il suffit d’attendre (*)

Aïe, les neurones (les miens, les siens) !

– Mon côté médecin me joue de tours également. Comment, avec tant de coups de barres de fer sur le crâne, les zones vitales ou hautement stratégiques, le gars s’en sort sans même un mal de tête, un torticolis ou un éclatement douloureux des joyeuses ?

La boxe dans les règles me donne déjà mal au cœur, alors imaginez ce que ces mauvaises actions à la « street fighter » me font. J’irais facilement de mon « carré blanc », c’est tout dire.

Perdre des litres d’hémoglobine n’enlève rien non plus à sa lucidité. Cela doit être du même registre pour quelques cm³ de cervelle.

– Quelle que soit la scène, on a toujours un crescendo de mises en danger qui défient la raison.

Bruce subit en permanence un tsunami de situations toutes aussi mortelles l’une que l’autre.

Puis comme de bien entendu, il atteint ou dépasse les limites.

Ainsi, il finit par se retrouver suspendu dans le vide par une fraction de l’ongle de la dernière phalange du petit doigt, en total déséquilibre. Sa vie ne tient qu’à un modeste souffle de battement d’aile de papillon, qui aurait la mauvaise idée de passer par là.

Ou bien il va être écrasé en haut de la cage d’ascenseur. L’étage supérieur de l’ascenseur accessible par la trappe, reste le moyen de déplacement privilégié de ces surhommes.

Ou encore, il est sans le savoir directement dans l’axe de l’arme d’un truand, à bout portant. Là, les miracles sont de simples routines. Par exemple un gentil qui passait par là et qui détourne le coup…

Ou bien, il est trempé dans l’eau, puis dans l’huile, à deux doigts de devenir un escargot tout chaud.

Et j’en passe, le scénario n’étant fait que de ces scènes extrêmes et quasi délirantes.

– Des situations répétitives et interchangeables d’un film à l’autre.

Heureusement, notre cumulard dans la déveine, s’en sort chaque fois, bien évidemment. Le fait qu’il y ait des Die Hard I, II, III, IV etc, devrait nous rassurer pour l’éternité. Il est increvable !

– Improbable aussi le fait que le Big Boss, entrepreneur chez les gentils, prisonnier des méchants, soit tué aussi vite. Je compte jusqu’à trois et boum. Il n’a pas livré le code secret. N’importe quel truand débutant l’aurait gardé pour le faire parler (**).

– Et cela ne s’arrête pas là dans le curieux, puisque les méchants sans mot de passe, vont être tirés d’affaire par les manœuvres magiques d’un geek, au service du mal. Un gars qu’ils avaient justement emmené avec eux. Ce farfelu de service se contente de pianoter furieusement son clavier pour percer le code.

C’est du gros n’importe quoi, mais c’est devenu un tic de nombreux films de ce genre. En fait, en informatique et en cryptographie, il suffit de faire beaucoup de bruit avec les touches. Vive les claviers mécaniques ! Voilà qui va rassurer ce qui n’y comprennent rien. En roule le tambour dactylographique !

– Dans le registre des lieux communs, on peut compter aussi sur les misères faites à la femme du héros. Elle sera bien entendu un otage premier choix. On va la menacer, la chahuter.

Mais il n’y a pas de bile à se faire. Comme toujours, elle sera finalement épargnée.

Après l’avoir bien fait mijoter et quand elle est à point, on la ressort pour le grand baiser hollywoodien du happy end. Miracle larmoyant mais sans surprise. On ne touche pas à la femme du premier rôle.

A noter ici, qu’en raison de l’idolâtrie du couple légitime aux USA, c’est toujours monsieur en personne qui doit sauver madame. Suivi du grand pardon pour quelques peccadilles liminaires.

– Selon ce même corpus de règles secrètes et non écrites, les enfants seront sains et saufs également. Là, il n’y en a pas à s’en faire, aucun risque. Ça sera pour les prochains épisodes.

– Que dire du dernier rebondissement ? En coupant totalement le courant de la tour infernale, les coffres pleins de jolis bons du trésor s’ouvrent vraiment tous seuls ?

Le premier idiot concepteur de coffres forts, bloque au contraire tous les systèmes d’ouverture dans ce cas. C’est plus facile et moins stupide, d’avoir un statu quo qui maintient la fermeture, que de créer un mécanisme complexe et auto alimenté, qui ouvrirait en absence d’électricité. Du grand n’importe quoi pour couronner notre chef d’œuvre d’impossibilités.

La combinatoire des situations et des personnages dans les contes… et dans les films d’action.

A croire que dans le film d’action aussi, on a pratiquement tout essayé. Un algorithme très simple pourrait peut-être trouver une combinaison qui n’a pas encore été découverte.

– Parmi les lignes imposées, on peut aussi citer les rivalités entre les services qui paralysent l’action (traduit : qui permettent du remplissage au réalisateur). Ici FBI contre LAPD ou LAPD contre NYPD. Il suffit de mélangez gaîment les acronymes.

– Mais aussi les méchants terroristes à l’accent allemand et à la crinière blonde. A l’époque bien avant le 11 septembre, cela faisait chic. Maintenant on les aime moins caucasiens. Simple matrice de couleurs. Inventez à votre tour. Des jaunes contre des noirs ? Plus rares, des métisses demi-blancs-noirs contre des demi-jaunes-rouges ? Je vous laisse imaginer le résultat s’il y a 10 méchants. La vie en multicolore !

– Un duo à la mode également, le bon noir ami et complice efficace du bon blanc. Même gestion de la matrice précédente.

– Et enfin l’ultra classique transposition du thème du héros cow-boy solitaire, seul contre tous, en but à la stupidité crasse de ses confrères et qui bien entendu triomphe toujours à la fin. Là c’est vous qui voyez. Le militaire, le curé, le gardien de prison, l’horticulteur, le médecin, le vagabond… seul contre tous ses homologues.

Retour vers le futur.

En 1988 date du premier opus, il y a plus de 30 ans, cette avalanche de situations vertigineuses et hautement critiques, pouvait encore faire illusion. L’esprit était tunnelisé par la sauvagerie inhabituelle de ces nouveaux effets spéciaux. On ne s’embarrassait pas de ces « détails » de la vraisemblance.

Et sans doute, peut-on être nettement meilleur public que moi.

Veuillez pardonner mes modestes coups de pieds dans la statue du commandeur. Comme Saint Thomas, je suis un terrible rabat-joies. Surtout ne m’amenez pas à ces transes collectives, je ferais la gueule dans mon coin !

Je ne peux pas dire que j’ai détesté ces deux heures et plus de grand spectacle. Plusieurs fois, j’ai marché.

Le public d’aujourd’hui reste fasciné par ces voitures et hélicoptères explosés, ces tours en feu… Comme l’étaient naguère les premiers spectateurs de ce train qui arrivait en gare de la Ciotat. Ces centaines de tonnes de fer en mouvement qui menaçaient de traverser l’écran. C’est la magie du cinéma tout simplement.

Et d’ailleurs l’irréalisme tapageur et la violente absurdité accompagnent le cinéma dès le tout début. C’est consubstantiel en quelque sorte. On doit accepter cette paternité pleine de testostérone. Et même si cela ne fait plus peur, on peut encore avoir un sourire indulgent pour les œuvres primitives les plus bizarres.

Mais à mon humble avis, aujourd’hui, ce n’est que l’humour qui peut sauver la situation. D’ailleurs de nombreux films d’action, parmi les plus improbables, jouent cette carte conjointement.


Et ce n’est évidemment pas un film fait pour délivrer des messages (***).

(*) Boules Quies et cinéma :

(**) Tuer le boss ? Classiquement un bon boss dans un film, cela aide aux rebondissements. Ce sont les gentils un peu trop gros, un peu lâches ou légèrement traîtres qui sont destinés à être sacrifiés (ou se faire manger par un tyrannosaure, si l’un d’entre eux vient de s’échapper – peut être un jour dans Die Hard 6)

(***) ne pas délivrer des messages : Quoique ! Confer la recette contre l’angoisse en avion : « take off your shoes and your socks then walk around on the rug bare foot and make fists with your toes ». Ce qui donne approximativement : « enlevez vos chaussures et vos chaussettes puis promenez-vous pieds nus sur le tapis et faites les poings avec vos orteils » – j’ignore si les hôtesses de l’air se marrent en voyant le énième charlot, qui fait son Bruce Willis dans l’avion. Si j’étais vous, je ne prendrais pas ce risque.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Pi%C3%A8ge_de_cristal

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