Beethoven. Meilleure Symphonie N° 6 ? Philippe Jordan – Analyse – La Pastorale. 8/10

Avant tout, il y a l’oeuvre et le respect qui lui est dû. Cela compte pour plus de 95 %.

De ce côté, autant que je puisse en juger, l’interprétation est sans faille. Beethoven est bien là. Il n’est pas trahi. Le génie se manifeste.

C’est un travail « pastoral » qui doit inspirer la nature sans tomber dans le figuratif. On n’en plus tout à fait à vouloir restituer scrupuleusement le clapotis de l’averse et toutes ces sortes de choses. Mais l’orage est présent avec tous les effets possibles. Avec ces évocations finement idéalisées, on est donc dans un entre deux réel/abstrait.

  • En ce qui me concerne, je n’ai jamais cherché à voir la nature, des paysans qui jubilent ou quoi que ce soit de comminatoirement naïf, comme cela. Même si les indications du Maître vont dans ce sens.
  • J’ai même le sentiment qu’il faut privilégier une élévation très marquée à partir de ces réalités du quotidien là. D’ailleurs c’est un décor forcément sélectif et artificiel. On n’entend pas les moustiques et les mouches dans cette création et cela ne sent pas la bouse de vache, ni le lisier ; fort heureusement.

La Pastorale doit nous transporter dans un ailleurs supérieur, qui est propre à chacun. Ludwig van le dit lui même : « Souvenir de la vie rustique, plutôt émotion exprimée que peinture descriptive »

Voilà où je veux en venir. Rien ne doit être contraignant et incitatif dans cette belle rêverie.

Et donc, à partir de là, je vais quand même chipoter un peu.

Jordan est un beau garçon, autant que je puisse en juger, mais qui a le malheur de ressembler à M Macron ! Ce n’est vraiment pas de sa faute !

  • Mais cela a contaminé mon plaisir. Je me suis surpris à me demander ce que serait devenu notre président, s’il avait choisi la voie musicale. Et rapidement l’esprit vogue ailleurs, avec des tentatives de transpositions de son intelligence, de son ambition et ses traits de caractère en tant que chef d’orchestre, sans prétention cette fois de changer le monde, mais tout en cherchant à occuper le premier plan. Une sorte de Macron le petit.

Plus sérieusement. Jordan nous fait un show de 50 minutes. Il ne ménage pas sa peine pour souligner avec un gros marqueur, les divers traits de la symphonie.

Il en fait de la gestuelle ! A croire qu’il a pris des cours d’art dramatique. Son brio est tenace, d’un bout à l’autre. Cela tient de la performance physique. Mais c’est assez joli à voir par moment. Sur le long terme cela bouffe un peu la tête. On ne voit que lui. Comment peut-on encore s’échapper pour rêver ?

  • On a le sentiment d’un sous-titrage qui s’adresse plus aux spectateurs qu’aux musiciens que le maestro accompagne. Ceux-ci font leur boulot avec sérieux. Les répétitions ont assoupli l’ensemble, tout va pour le mieux. Ce n’est évidemment pas maintenant que l’interprétation se définit. Le « visuel » est donc bien pour nous.

Autre mauvaise pensée. J’ai été tellement accaparé par le remuant personnage, que j’en étais à me poser des questions sur l’ergonomie du costume de scène ; un smoking dans la grande tradition. Aucune trace, aucune auréole. Comment un tel vêtement peut absorber l’inévitable sueur d’un chef qui bouge tant ? Et l’évaporation alors ? Cela doit tenir de la cocotte minute ce machin là.

***

Premier mouvement : Allegro ma non troppo «Sensations douces qu’inspire l’aspect d’un riant paysage » . Cela démarre très bien. Berlioz, dans son « Beethoven » se dit impressionné malgré le « vague de l’expression instrumentale »

Deuxième mouvement : Andante molto moto « Scène au bord du ruisseau ». Berlioz le trouve admirable et y sent clairement des rappels précis de la nature. Je suis plus circonspect. Mais qui suis-je moi pour en juger ?

Troisième mouvement : Allegro. Qu’importe qu’il s’agisse d’une « Joyeuse assemblée de paysans ». Ici on est dans le grandiose et le démonstratif. Franchement ces airs de danses populaires m’emballent. Je dois être une sorte de fan d’un gros tube de l’époque.

Quatrième mouvement : Allegro. Cet « Orage – Tempête » est expressionniste bien entendu. Mais comme pour la Symphonie Fantastique ou d’autres œuvres qui décrivent, on passe rapidement au niveau quantique supérieur. Pas besoin qu’on déverse de l’eau sur la tête des auditeurs.

Cinquième mouvement : Allegretto. « action de grâces des paysans après le retour du beau temps », soit. Mais ce n’est pas si simple. Les paysans en question sont souvent contents au contraire qu’il pleuve. Et puis cette note « chrétienne » et/ou sulpicienne n’a pas beaucoup d’intérêt. L’essentiel est la joyeuseté sereine du mouvement.

Cela se termine étonnement calmement. Les spectateurs semblent attendre quelque chose. Jordan leur indique qu’à présent ils peuvent applaudir.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Symphonie_no_6_de_Beethoven

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