Bellissima. Avis. Anna Magnani – Visconti – Résumé (1951) 8.5/10

Éloge de la beauté intérieure et d’une profonde humanité.

Anna Magnani en statue de la flamboyante Maternité, éclairant (irradiant) le Monde.

Le film est simple, carré et profondément émouvant, comme un très grand drame antique. La « démonstration » est éclatante.

Il y a une dimension mythologique pour cette puissante louve romaine et son enfant chétif. Cela vient de loin, très loin.

A l’occasion d’un concours ouvert, une mère courage cherche à propulser sa toute petite fille au cinéma. C’est la dernière chance, alors que sa famille est étranglée financièrement, au bord du précipice.

  • C’est « le salaire de la peur » de Clouzot , c’est le dernier combat du boxeur de la nouvelle de Jack London, c’est « on achève bien les chevaux » de McCoy, c’est « la perle » de Steinbeck…
  • Un quitte ou double, la corde au cou, qui devrait permettre soit de sortir de la misère, soit de crever. Un scénario qui généralement se termine mal.

Le réalisateur c’est Visconti, artiste aristocratique et prestigieux qui tient déjà, ici à ses débuts, l’essentiel. C’est sa phase communiste néo-réaliste. Il privilégie alors les récits sur les déchirements de la pauvreté, la fierté de la non-compromission avec les puissants, la dignité du petit peuple.

L’histoire est servie par une comédienne incroyablement douée, Anna Magnani. Elle a déjà tant de métier, tant de talent, tant de force qu’elle semble porter à elle seule, tout le film. Certains trouveront peut être qu’elle en fait un peu trop. Mais c’est le personnage qui veut cela.

Les interactions sont subtiles et incessantes. On est rempli, puis submergé par l’invention. Tout dans son jeu a un sens. Ceux qui ne comprennent pas l’italien n’auront qu’à lire ses expressions et ses grands gestes. Presque tout est là déjà.

Elle incarne les multiples dimensions de ce personnage central et complexe. Elle se redéfinit en permanence. Corrige finement toutes les trajectoires.

On commence à redécouvrir cette façon de faire maintenant chez nos jeunes talents. Mais il y a encore du boulot !

Elle occupe quasiment tout l’espace. Rendant ainsi encore plus fragile la petite fille écrasée par les ambitions de sa mère.

Cette petite de 5 ans est extraordinaire de fragilité et de naturel. Et il est rare que les enfants au cinéma ne singent pas les grands. Ici, c’est l’innocence bafouée et marchandisée, avec une dimension quasi archétypale. On en vient à frémir pour elle. On se demande même si dans ce rôle comme actrice en herbe, elle n’est déjà pas trop exposée.

Hitchcock, cynique, disait que pour faire un bon film, il fallait faire souffrir les femmes. Ici, ce sont les enfants ? Comme dans « la nuit du chasseur » ?

Les autres acteurs sont méritants. Il y a plein de personnages secondaires intéressants. Dans tous les petits rôles grimaçants, ces jaloux, ces gêneurs, ces profiteurs, il y a du Goya.

Ces pauvres sont condamnés à se dévorer l’un l’autre dans la nasse. Il n’y a pas de place pour la compassion avec leurs semblables.

Le rebondissement final est sans doute un peu artificiel. On aurait pu s’arrêter à la Mater Dolorosa au sortir de la salle de projection. Mais c’est un détail.

Un chef d’œuvre bien sûr.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bellissima


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