Docteur Gournier. Faites entrer l’accusé. Calomnie, médisance, confraternité. 8/10

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Cette affaire criminelle est tout bonnement incroyable ! Et pourtant, étrangement, elle n’a pas sa place sur Wikipédia.

Le père et la mère du confrère chirurgien Jean-Paul Gournier meurent empoisonnés, dans leur pavillon en 1999 de Saint-Priest-en-Jarez. Le gaz est ouvert. Un fer à repasser est allumé.

Le fils médecin était présent aux prémisses de l’agonie. Il leur fait un prélèvement de sang. Et il lance les enquêteurs vers une piste d’intoxication mortelle, par un repas de champignons… des pleurotes !

Plus tard, la justice qui voudrait bien comprendre cette double mort prétendument accidentelle, lance des autopsies et des analyses toxicologiques. On découvre du Tracrium dans les deux corps, un produit curare injectable utilisé exclusivement par les anesthésistes au bloc, avec forcément une assistance respiratoire.

Dans un deuxième temps, le Dr Jean-Paul Gournier oriente vers un double suicide ou un meurtre suivi d’un suicide. Et il y a des arguments en ce sens. Sa mère a plusieurs fois parlé de tuer son mari infidèle. Elle a même écrit à ce sujet, surtout lorsqu’il a profané la maison familiale en y couchant avec une prostituée. Et le père aurait voulu en finir lui aussi.

Mais on ne retrouve qu’une trace de piqûre sur le bras de la maman. Et aucun produit, aucun emballage, aucune seringue n’est mis en évidence. Or ce Tracrium a des effets totalement inhibiteurs quasi instantanés. Comment la mère a pu s’en débarrasser ?

Le jury du premier jury d’Assises n’a pas gobé ce scénario, comme quoi la mère, qui a une formation infirmière, a d’abord supprimé son mari consentant ou non, et s’est ensuite auto-administrée ce produit paralysant, puis a eu le temps de faire quand 3 mètres pour jeter au feu, tout ce qui pouvait orienter vers le produit et soit revenue sur sa chaise etc.

Et il faudrait aussi qu’elle ait pu se procurer ce produit uniquement hospitalier. Le fils lui y avait plus facilement accès.

Et quid de l’absence de double trace de piqûre, chez la mère et le père ? Piqûre du fils à visée diagnostic et piqûre de curare.

Et quid de la joie retrouvée de la mère, des projets de voyage du couple, concrétisés par le dépôt d’arrhes à l’agence.

Ce argument du double suicide est vraiment peu évident.

Cela devient d’autant plus compromettant pour le toubib, que celui-ci a de sérieux problèmes d’argent, des dettes, et que l’héritage pouvait aider à lui faire sortir la tête de l’eau.

Le fils accusé est signalé comme rigide par une experte professionnelle. Et il faut dire qu’il a un incroyable aplomb, doublé d’accents de sincérité. Mais sa froideur calculatrice ne l’a pas aidé au premier procès.

En appel, ses avocats lui ont recommandé d’être plus sensible et d’insister sur son amour filial. Il ira jusqu’à montrer au final, une photo de ses parents pour s’attirer l’émotion positive des jurés. Il y aura aussi un battage médiatique soigneusement orchestré. Les patients et certains confrères lui apportent un soutien bien visible. Sa fille n’a visiblement pas envie de perdre son dernier parent et son vibrant soutien filial sera bien utile. Ses avocats sont à l’évidence plus efficaces. Ils trouveront un expert qui soutiendra la possibilité pour la mère d’avoir fait les quelques mètres nécessaires malgré la présence de produit dans ses veines. Et une photo de la cheminée montrera la présence de cendres compatibles avec l’incinération des restes. L’enquête policière a été bâclée, d’autant plus que nos limiers pensaient d’abord à un accident banal. Ce type de désastre peut aider la défense, qui aura beau jeu de montrer des failles. La garde à vue initiale s’est terminée après quelques heures, tellement le praticien a été persuasif.

En deuxième instance, le médecin bénéficiera du doute raisonnable et sera acquitté.

Il faut reconnaître du courage à ce médecin, qui défend sa cause avec un calme étonnant devant les « accusateurs » perplexes de l’émission « Faites entrer l’accusé ».

Le Dr Jean-Paul Gournier décède en 2021 à 62 ans.

A noter qu’il nous est interdit de mettre en doute l’issue du deuxième procès. Et cela en raison de cette confraternité qui nous empêche la calomnie (dire des mensonges), mais aussi la simple médisance (dire du mal même vrai). Mais aussi parce qu’une décision ultime de justice s’impose à tous, sous peine de mettre à mal la paix sociale.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Faites_entrer_l%27accus%C3%A9

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