Le monde de Marcel Proust (2020) 5/10 documentaire ARTE inutile

Arte

Soyons clair, la tentative était risquée. Il est vain et utopique de vouloir condenser en une heure tout le matériel qui a été mis notre disposition par et sur ce grand auteur.

Cette approche superficielle, sous la forme d’un documentaire, prétend tenir compte des milliers de pages de « À la recherche du temps perdu » et des dizaines d’heures de témoignage audio de la bonne Céleste.

Elle s’appuie aussi de l’expérience du réalisateur qui se serait frotté à ces romans complexes dès son jeune âge… au cinéma ! On aurait à faire à un jeune prodige, voilà pour la caution savante.

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Mais en réalité ce « reportage » nous donne à voir des illustrations banales et factuelles, et qui n’ont donc guère d’intérêt. L’âme s’est évaporée en cours de route.

Thierry Thomas commence par disséquer les images filmées d’un mariage auquel aurait assisté Marcel Proust. Il y reviendra comme s’il tenait là le Saint-Graal. Est-ce bien lui là, qui descend les marches avec les convives ?

  • Il ressemble en effet aux portraits qu’on a de lui. Et alors, la belle affaire ? Ce pseudo-scoop cinématographique n’est-il là que pour encourager notre intérêt, de manière pesante ?

Le deuxième coup de semonce pavlovien, consiste à envoyer la charge de « la madeleine de Proust« . Un petit coup de canon qui forcément réveille au moins un petit souvenir scolaire. Il faut ratisser en dehors du cercle restreint de ceux qui sont venus à bout des ouvrages. Proust connaît une gloire posthume, déjà comme grand communicant des biscuiteries industrielles.

  • Mise en garde : les plus authentiques ont le pire Nutri-Score, E. Au moins ici vous aurez appris quelque chose.

Le réalisateur n’est pas un expert reconnu, mais un fouineur qui s’est spécialisé dans le « documentaire ». Il trace à la manière d’un journaliste, et pas plus, quelques uns de ces personnages réels, qui sont transposés dans les œuvres écrites. Cela ne vole pas bien haut. On est dans l’anecdotique et on perd ainsi singulièrement, ce qui fait l’intelligence et le charme des livres.

Ce genre d’exercice essentiellement visuel, oblige aussi à l’étude des lieux. On n’y coupe pas. Il faut bien remplir le livre d’images.

  • Patrick Poivre d’Arvor, avant sa mort médiatique, s’était spécialisé dans cette étude topographique avec son « Une maison, un écrivain ». Un exercice plutôt bien réalisé d’ailleurs.

Notre « traducteur » de « la recherche » a lui même eu d’abord un déclic visuel, à partir de la transposition de Visconti. C’est comme avoir la Révélation de la vraie foi avec un film, qui pourrait être par malheur Jesus Christ Superstar (1973) (*)

Il part des images filmées pour revenir aux images filmées. Ce qui est au milieu, la substantifique moelle, est largement mis de côté. On tourne en rond, dans ce qui n’est au fond que du spectacle.

Cette approche se résume à faire du commentaire. Une position qui met anormalement le présentateur au dessus de l’oeuvre. Un travers bien connu des docus français.

Et même pour cela, il vaudrait mieux avoir des biscuits en magasin (Madeleines Bonne Maman – 300g, 10,77€). On appelle cela se montrer à la hauteur. Il aura fallu au moins une pointure en analyse littéraire pour guider une telle entreprise. D’autres bien plus autorisés s’y sont collés et sont parvenus à quelque chose, en s’entourant du jugement avisé de plusieurs sommités.

  • Dommage que Proust ait écrit en français. Il aurait fait cela en anglais, allemand ou espagnol, il aurait pu bénéficier de docus de très grande qualité, comme on sait les faire maintenant, sans les navrantes subventions, tout autour de notre pauvre pays.

Que cela se sache, « Le monde de Marcel Proust » est déjà un livre d’André Maurois. D’entrée de jeu le responsable de ce « documentaire » manque d’originalité en piquant ce titre. A moins qu’il n’ait recréé la roue, en se pensant original.

Encore une bien vaine tentative de s’attribuer les mérites d’un grand écrivain-penseur en chapusant ici où là dans son œuvre et en faisant le beau.

Je ne suis pas d’accord avec ceux qui pensent que de s’intéresser à une œuvre, de n’importe quelle manière que ce soit, est déjà une bonne chose. Non, au contraire, les vulgarisations sont en soi nuisibles. Les mauvaises vulgarisations sont assassines.

Vous trouvez que j’ai la dent dure ? Allez voir comment il se permet de regarder de haut les adaptations filmées des livres de Proust. Et puis ce 5/10 est plutôt indulgent.

(*) Même pas avec L’Évangile selon saint Matthieu (Il Vangelo seconds Matteo) de Pier Paolo Pasolini (1964) ! Ni avec Le Roi des Rois (King of Kings) de Nicholas Ray (1961).

https://www.arte.tv/fr/videos/096300-000-A/le-monde-de-marcel-proust/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Marcel_Proust

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