Limitless (2011) Sans limites. 8.5/10 Bradley Cooper, Robert De Niro

Un film intelligent sur l’intelligence, et sans doute une ouverture intéressante sur le transhumanisme.

Voir ici :

La notion d’un être super-intelligent, n’a pas une grande place dans le panthéon grec, ni dans les autres mythes en général, ni dans les religions.

En fait, cela embarrasse tout le monde.

Il est bien plus facile de créer des fictions de Rambo musclés, type Hercule.

  • Il y a bien sûr Prométhée, qui sait tout à l’avance (pro = d’avance), en opposition à son frère Épiméthée, qui n’envisage les choses qu’après coup. Mais ce Dieu risque de casser l’ambiance en connaissant la fin de l’histoire. Il se révèle dangereux. Il se prend d’ailleurs de sérieuses gamelles. L’histoire de le remettre à sa place.
  • Zeus n’est lui-même qu’un président organisateur de l’Olympe, pas un être omniscient.
  • Saint Paul ne les aime pas trop non plus, les gros malins : « il est écrit : Je détruirai la sagesse des sages, Et j’anéantirai l’intelligence des intelligents. » – Corinthiens 1.19
  • Le monothéisme crée un Dieu à l’intelligence mal définie, et qui ne change rien à la donne finalement.
  • Et de toute façon, depuis Adam et Eve, tous les mortels sont prévenus : si tu t’avises à goutter à l’arbre de la connaissance, tu vas te prendre une sacrée raclée.

Plus proche de nous, il y a le fameux récit « Des fleurs pour Algernon » de Daniel Keyes. Le mythe du super-homme à l’intelligence artificielle et prodigieuse y est magistralement exposé. Avec l’indispensable contrepartie : celui qui s’élève ainsi au dessus des autres, prend le risque de descendre plus bas encore.

Woody Allen met en scène un savant nobélisable, qui prétend voir plus largement que les autres :« I see the whole picture. ». C’est dans l’excellent « Whatever Works » – film de 2009 qui pose la question de la connaissance, du savoir, de l’apprentissage et de l’intelligence. En particulier de l’intelligence brute, face à l’intelligence sociale.

A noter aussi dans la même veine d’intelligence libérée, les premières saisons époustouflantes de Sherlock, avec Benedict Cumberbatch.

Il est bien évident qu’écrire sur l’intelligence supérieure, ou d’en faire un film, nécessite d’être parfaitement à la hauteur ! Domaine où la gonflette et les sudoku ne suffisent pas.

A la base, un poncif qui fait rêver. Nous pourrions tous devenir supra-intelligents !

La légende suppose que nous n’utiliserions que 10 % de notre cerveau.

Et c’est fou l’emprise de cette croyance, et à l’inverse, l’énergie dépensée pour prouver le contraire.

La première pomme de discorde étant la définition de l’intelligence. C’est là dessus en général qu’on commence à buter, souvent pour tenter d’éviter ce débat périlleux.

  • Utiliser toutes les parties du cerveau en même temps (secteur moteur, secteur sensitif et cortex frontal…), n’aurait pas de sens.
  • Mais il existe quand même une intuition légitime, qu’on pourrait « voir » plus grand. Cette « conscience » élargie a d’ailleurs une traduction physique et dynamique. Les neurosciences avec l’IRM fonctionnelle, objectivent des flux confluents, utilisant plusieurs aires et plusieurs réseaux. Et il y a bien entendu de nombreux niveaux de conscience.
  • Pour l’intelligence, c’est à dire la capacité à résoudre un problème donné, il semble avantageux de faire passer davantage de bonnes informations dans les processeurs.
  • Cela dépend donc d’une part des processeurs et d’autre part de certains circuits neuronaux qui se sont eux renforcés dans le temps, par la plasticité cérébrale. Ces modifications étant aussi les supports des connaissances.
  • En réalité il faudrait prendre aussi en compte, la force de l’influx dans les circuits, c’est à dire des neurotransmetteurs. Ce qui nous ramène à la pilule miracle. Qui elle même engendrerait d’ailleurs une modification neuroplastique.
  • A noter que mettre davantage de force dans un circuit de « croyance » ne rend pas plus lucide, mais plus croyant. Donc pas forcément plus intelligent.

La forte consommation de drogues de type cocaïne montre la fascination pour les puissants stimulants du système nerveux central. Elles procureraient un sentiment de puissance intellectuelle et de lucidité extrême. Exactement comme dans le film qui nous occupe.

  • Inutile de rappeler que cette drogue est extrêmement dangereuse et addictive. Ce que l’on croit gagner un moment, se paye durement. Rares sont ceux qui s’en sortent.
  • L’usage de la feuille mâchonnée de coca est pratiqué de longue date chez les Andins. C’est plutôt alors un stimulant anti-fatigue et un coupe faim.

  • Sigmund Freud préconisera la cocaïne avant de se rétracter quelques années plus tard.
  • Inutile de parler ici du Coca-Cola.

Le film est admirablement servi par la réalisation et les acteurs.

La prise de vue utilise des plans panoramiques très colorés et condensés à une vitesse extrême. Leur imbrication savante donne une idée de la supra-vision, la plus intense possible. C’est très bien pensé et très bien réalisé.

Et puis, il y a Bradley Cooper et Robert De Niro. Du beau monde, de grandes pointures. The right men in the right place.

Bradley est un écrivain en panne. Cela fait des mois qu’il n’a rien écrit. Il est à la dérive. Tout part en couille. Sa copine le plaque. Son appartement est sordide. Il se néglige totalement. Il boit.

Il rencontre un ex beau-frère, dealer notoire, qui lui fait cadeau d’un comprimé translucide de NZT. Une nouvelle molécule non encore autorisée, qui se révèle un incroyable psychostimulant, développant intelligence et mémoire.

Bradley voit tout clairement à présent. Il expédie son livre en quelques jours. Un bouquin remarquable. Il apprend des langues avec une rapidité inouïe. Il spécule en bourse avec une intelligence très au dessus de la normale. Se basant sur une algorithmie non pas de la réalité du marché, mais des rumeurs. Ce qui lui permet d’anticiper des mouvement peu rationnels.

Ses « dons » finissent par attirer les gros poissons de la finance. Dont le rusé De Niro, qui est quasi au sommet de la pyramide. Un jeu subtil se met en place entre les deux.

Mais Cooper risque de ne plus avoir assez de pilules. Il anticipe en misant sur un expert pharmaceutique freelance, chargé de copier la molécule, voire de l’améliorer.

Du fait du manque, l’acteur oscille entre l’ordinaire et l’extraordinaire. Il y a des failles, il y a des effets secondaires très inquiétants aussi. Il a des « trous noirs » et peut-être qu’il a même assassiné un mannequin. Il ne se souvient plus.

Des mafieux qui ont compris qu’il a subtilisé tout un stock du précieux « médicament » sont à sa recherche. Et comme, ils ont pris eux aussi la drogue, ils deviennent de plus en plus malins.

Il y a donc une escalade mentale entre les différents protagonistes. Ceux de la haute finance, ceux du crime, et lui-même. Mais ce dernier était déjà intelligent avant. Il a donc une longueur d’avance.

Le final est une apothéose.

De Niro pense pouvoir coincer Cooper, en neutralisant son laboratoire de recherche sur la molécule. Ils se disent leurs vérités dans la rue.

L’écrivain devenu milliardaire reste serein.

Il « voit » et il le dit. Il « sait » que derrière eux, une camionnette va percuter un autre véhicule. Une puissance de calcul hors de portée des simples mortels, lui permet cette anticipation sur les masses et les trajectoires.

De plus, en mettant simplement sa main sur la poitrine de De Niro, il énumère les problèmes cardiaques de ce dernier. Avec une supra-sensibilité, il a pu détecter tous les paramètres qui clochent.

Avec les progrès réalisés dans son laboratoire, son état est désormais permanent, sans avoir recours aux médicaments, sans avoir à affronter les effets secondaires. Il a gagné.

Voilà ce que pourrait être un premier pas vers le transhumaniste. Déjà en ce qui concerne le cerveau.

Une première marche vers l’homo deus ?

En tout cas un truc qui serait bien pratique, pour nous autres pauvres humains ordinaires, qui avons déjà tant de mal à reprogrammer dans notre cerveau, un malheureux code à 4 chiffres de carte bancaire. Nous qui suons sang et eau pour une petite opération de calcul mental.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Limitless_(film)

Bradley Cooper
Abbie Cornish
Robert De Niro

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