L’Intendant Sansho (山椒大夫, Sanshō dayū) (1954) 7/10

Kenji Mizoguchi nous conte une légende bien ancienne qui pourrait être une histoire vraie. Cela se passe au moyennage japonais.

C’est la saga d’une famille jadis prospère qui a été kidnappé par des voleurs et qui connaîtra un sort peu enviable. Leur supplice durera des décennies.

La mère est livrée à la prostitution dans un endroit perdu. Les deux jeunes enfants font des travaux forcés chez l’intendant Sansho. Ce tortionnaire ne vise que le rendement. S’il maintient en vie ses esclaves, ce n’est que pour cela. S’il en tue un, ou s’il le marque au fer rouge au visage, c’est pour l’exemple. Il n’est même pas foncièrement bestial, sa cruauté n’est pas gratuite. C’est juste un épouvantable utilitariste sans pitié, qui croit bien faire son « métier ». Comme l’ont été bon nombre de gardiens SS. On appelle cela la banalité du mal.

Les conditions sont affreuses, mais comme l’exploitation appartient à un ministre, personne n’ose critiquer.

  • Napoléon rétablissant l’esclavage aux Antilles prétend l’avoir fait sous la pression de sa femme esclavagiste Joséphine de Beauharnais et des intérêts coloniaux. On n’a pas moufté non plus vu les personnalités en cause.


Les deux jeunes passent de nombreuses années dans cet enfer. En se pliant aux diktats, ils arrivent à survivre. Le garçon devient même un assistant du maitre et commet des sévices sur ordre, lui aussi.

Après un sursaut de sa conscience, il s’enfuit et connaît alors des jours meilleurs. On lui donne même le droit de reprendre les hautes fonctions de son père défunt. De cette position il cherche à retrouver sa sœur et sa mère. En outrepassant les privilèges de sa fonction, il proclame l’affranchissement de tous les esclaves de sa juridiction. Mais les profiteurs y mettent un terme. Il est vite destitué.

Il y a tout ce qui fait peur aux enfants là dedans. Symboliquement c’est le grand méchant loup, l’ogre qui mange les gamins, les camps nazis…

Une leçon s’avère bien intéressante. Le soin qu’on prend pour son prochain, la protection du faible et de l’opprimé, ne sont pas que liées à la révolution essénienne (puis christique). C’est une composante indispensable à l’évolution des sociétés, quelles qu’elles soient. Même l’ancien testament en parle.

La seule loi du plus fort a ses limites. L’esclavage associé à l’ignorance voulue, ne sont pas si rentables que cela à l’échelle d’une civilisation. C’est même un point de blocage. Ce qui a été sans doute contre-intuitif, et donc très difficile à comprendre pour les « propriétaires ». L’immense civilisation romaine, dont nous sommes les héritiers, a eu du mal à s’en passer.

La charité avec l’obligation de faire progresser en même temps toutes les couches sociales, est juste une nécessité. Elle est habillée en morale empathique agréable, car elle n’est pas si naturelle que cela et doit pourtant s’imposer. Elle devient donc une « règle d’or » (valeur) célébrée qui contribue à un projet commun plus ambitieux, qui dépasse les individus. »Ne fais pas à autrui ce que tu n’aimerais pas que l’on te fasse. »

Ce film de plus de deux heures, qui a bien des qualités, est cependant trop long. Et la morale est trop appuyée, trop linéaire. Mais bon, du coup c’est clair et démonstratif. Et puis ce coup d’essai n’est vraiment pas mal pour un cinéma japonais qui se cherchait encore. Il a fait de beaux petits.

https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Intendant_Sansho

Kinuyo Tanaka
Yoshiaki Hanayagi
Kyōko Kagawa

L’Intendant Sansho (山椒大夫, Sanshō dayū) (1954) 7/10
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