Ma Super ex (2006) 7/10 Thurman obsédée sexuelle, Faris, Luke Wilson

My Super-ex-Girlfriend

Encore un truc charmant et bizarre.

Contre-exploitation des codes de l’Amérique ?

Une collision entre deux univers cinématographiques, qui semble à première vue improbable :

  • D’un côté la structure narrative classique des comédies d’amour citadines à la new-yorkaises. Avec tous leurs codes.
  • De l’autre le déroulement archi-codifié des Marvel’s de Gotham City.
  • On ne vient pas à l’un ou l’autre de ces types de spectacles pour être bousculé.
  • On y va pour s’assurer de la stabilité de nos certitudes immanentes sur l’amour et/ou sur le Bien et le Mal.
  • De part et d’autre on a des rituels cinématographiques immuables et qui ont sans doute remplacé la messe.

Mais ici un mélange savant de ces deux platitudes, donne lieu à des situations comiques d’un nouveau genre.

  • Une petite faille spatio-temporelle bienvenue entre ces deux univers conventionnels.
  • Finalement ces produits en fusion, ça fait aussi un peu réfléchir. C’est un comble !
  • L’histoire est franchement légère mais assez bien construite.
  • Le fait que les acteurs soient bons rend l’ensemble cohérent. On aurait du mal à dire réaliste.

Story telling

Un gars « normal », Luke Wilson 35 ans, ne se remet pas de sa rupture d’il y a 6 mois.

Dans l’open space d’un gratte-ciel, il y a aussi son bon copain pas très beau et lourdingue Rainn Wilson. Celui-ci est bien entendu incapable d’avoir des ouvertures. Il incite pourtant son pote à draguer tous azimuts en lui donnant des conseils scabreux. Le cinéma anglo-saxon a toute une série de moches de services qui entrent dans ce type de configuration (ex : Stephen Merchant…)

Anna Faris 30 ans (la mignonne nunuche de Scarry movie…) travaille là également. Elle en pince secrètement pour Luke Wilson, qui selon le canevas classique ne se rend compte de rien.

De l’autre côté, il y a Uma Thurman 36 ans est une jeune femme timide et mal fagotée avec de moches lunettes. C’est ce personnage que rencontre notre héros et avec laquelle il noue une idylle.

Mais Uma Thurman est aussi la bombasse lumineuse qui sauve le monde occasionnellement, en costume de SuperWoman G-girl. Elle délaisse alors ses lunettes, ses beaux cheveux devenus blonds sont libérés, toutes voiles dehors, elle s’envole dans un grand tourbillon pour arrêter un autobus etc… Avec la musique archi-classique qui va avec. Ta da da…

Et bien entendu avec ce changement de style plus personne ne la reconnaît. Ce qui est aussi téléphoné et risible que dans Superman. C’est sans doute fait à l’origine pour que les moins de 10 ans ne soient pas déroutés. Depuis c’est devenu une convention pour les 7 à 77 ans.

Le problème c’est que la G-girl qui est restée trop longtemps derrière ses moches lunettes est frustrée, érotomane et un brin asociale.

La G-girl en fille simple et aimante, confie son secret au gars normal. Et lui, il n’est pas peu fier de fréquenter la G-girl.

Il y a d’ailleurs une scène pleine d’humour où jeune coq, il fanfaronne devant son pote à ce sujet. C’est bien les mecs ça.

Le gars normal demande à la belle une petite faveur. La G-girl subsonique s’exécute et ils « s’envoient en l’air ». Ce périple amoureux stratosphérique se révèle plus périlleux et plus problématique que le pensait le héros.

Mais la jeune femme est une amante vorace, violente et exigeante. Elle prend les commandes et utilise Luke Wilson jusqu’à l’épuisement. Ce qui au début était enchanteur devient vite aux limites des ses forces.

De plus la G-girl est possessive et terriblement jalouse.

Une scène détournée mémorable : le gars se retrouve au restaurant entre les deux femmes, Uma la jalouse et Anna la gentille. Sur l’écran de la télé allumée on voit qu’un missile menace N.Y. Tout le monde s’affole façon film catastrophe. Mais Umma ne pense qu’à surveiller son gars pour qu’il se détourne d’Anna. Il insiste auprès de la SuperGirl pour qu’elle fasse le job, avec des phrases indirectes puisqu’Anna n’est pas dans le secret. Uma rétorque par des phrases bâteaux comme si elle n’était pas concernée. Et le missile se rapproche, se rapproche…

Les répliques sont à la hauteur. Les gags sont sympa. Tout cela tient assez bien un film qui pourtant à un scénario fragile.

C’est des fois un peu beaucoup, comme le requin des dents de la mer envoyé dans la chambre en représailles, par la jalouse. Ou la voiture du héros ruinée par la méchante dans l’espace – c’est quoi ça ? c’est juste les météorites.

On ne sait pas trop quoi penser de l’inévitable catharsis finale où tous les protagonistes déclarent s’aimer en public.

Mais souvent, c’est bien vu, comme la Kryptonite dans le frigo, puis en cadeau de la 2ème chance.

Intéressant aussi le Méchant décalé qui va prendre sa retraite de Méchant.

Drôle aussi, le pas beau nigaud qui arrive avec ses tickets pour le match de base-ball, pensant ainsi sauver une situation archi-dramatique.

On a aussi les scènes équivoques et calculées comme celle de la jeune femme à quatre pattes sous le bureau du personnage principal. Ou bien la même en jupe sur une échelle en train de ranger des dossier et le héros à hauteur de vue.

Les clichés du mâle en goguette et de la nouvelle chasse aux sorcières de la bien-pensance d’un certain féminisme. C’était avant le scandale Weinstein.

On est quelque part dans la contre-exploitation des codes de l’Amérique. On sent qu’au fond les auteurs se moquent bien de tout cela.

On ne peut pas aller non plus jusqu’à dire que se serait aussi une fable sur les dérives du pouvoir absolu (on est en 2006, avant que Trump soit président)

Mais ce n’est pas juste une parodie de films qui au fond en sont déjà à se parodier eux-mêmes.

Ce n’est pas l’agaçant DeadPool non plus.

C’est l’étage au dessus. Une petite respiration irrespectueuse dans l’univers des codes, dans un océan du formalisme.

Une mention spéciale pour les « exploits » d’Uma et d’Anna : les deux finissent par avoir le pouvoir. Le super-Girl-power.

L’une et l’autre, incroyablement gourmandes, prennent les commandes du plaisir amoureux. Chacune à son tour.

Elles chevauchent le héros vigoureusement au point de casser le lit et de faire tomber les murs. Ce héros qui n’est qu’un gars modeste et donc chacun d’entre nous.

Tout est fait pour qu’on s’imagine y être. Le visage de la SuperGirl est en premier plan et finit par occuper tout l’écran. Proche de l’épectase.

Elle nous regarde avec gourmandise et s’occupe littéralement de nous. Anna me semble un peu plus charnelle et Uma un peu plus « kill Bill ». Vous ferez votre choix.

Au total, sans crier au génie, on passe un bon moment.

Avec l’ambivalence d’aimer et de se moquer en même temps des films romantiques faits à la chaîne et des Marvel’s répétitifs.

Certes on se moque, mais on se moque surtout de nous-mêmes. Nous qui avons la faiblesse de regarder cela pour les effets spéciaux, pour les super-pouvoirs, pour l’illusion d’être si proches d’un baiser d’amour avec une étoile.

On se laisse volontiers piéger, aussi « bon public » qu’aux débuts du cinéma. On prend Louise Brooks dans ses bras pour la protéger, on s’embarque dans la lune avec Méliès, on s’écarte du train qui arrive en gare de La Ciotat.

Mais on apprécie aussi de conserver ses distances comme le permet ce genre de films.

Ce n’est peut-être pas du carburant pour cinéphiles, mais si vraiment vous y tenez, « cela fait penser »

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ma_super_ex


Uma Thurman

Luke Wilson
Anna Faris
Rainn Wilson
Eddie Izzard
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