Rien ne va plus (1997) 7/10 Chabrol

Parfois un petit miracle se produit.

Chabrol n’est pas le plus brillant réalisateur de la nouvelle vague, loin s’en faut.

De plus, Il rend souvent le jeu de ses acteurs, figé et sinistre. Il n’est pas rare non plus que ses histoires soient approximatives et pesantes. Enfin la prise de vue manque généralement d’originalité et de souffle. Le cadre est provincial et étriqué. Et ce n’est pas forcément fait exprès.

Mais là visiblement, la brochette d’acteurs hors norme a pris le pouvoir. Et ils font tout basculer. Ils imposent leur rythme. Chabrol à la niche !

Ils apportent une fantaisie et une qualité rares. Leurs numéros exceptionnels deviennent le principal intérêt du film. Le film que Chabrol a réalisé, et qu’il a malheureusement écrit tout seul, finit par être sauvé.

On peut lui pardonner toutes ses faiblesses.

Cette résurrection est due à l’interaction magique, de pointures telles que l’immense Michel Serrault, l’excellente Isabelle Huppert, l’assez bon François Cluzet et l’impressionnant Jean-François Balmer.

De la petite à la grande arnaque.

Dans la première partie du film, on nous montre les talents de deux compères dans des arnaques modestes. Serrault organise, accompagne et récolte. Huppert sert d’appât à des petits congressistes en goguette. Il s’agit juste de soutirer quelques sous, mais pas trop. D’abord ils plument Jackie Berroyer. Lequel joue parfaitement son rôle de pigeon.


Dans ce qui va être une arnaque d’envergure, toute l’intrigue repose sur la confiance réciproque et sur la hiérarchie des « cons ». Il s’agit de savoir lequel au final sera plus con que l’autre. Ce qui inverse la proposition habituelle, du lequel sera le plus malin. Juste une question de point de vue, mais surtout de dialogues.

Les rebondissements sont un peu bidons.

Qu’un passeur transporte un trésor en francs suisses en avion, dans une valise métal à laquelle il est menotté, sans qu’aucun contrôle des douanes n’ait lieu, n’a aucun sens. C’est déjà bien grotesque.

Il n’y a aucune sens non plus à ce que Balmer, chef efficace des truands, laisse partir Serrault et Huppert, alors qu’à l’évidence ce sont les seuls à encore pouvoir mener aux millions manquants.

Il aurait mieux valu qu’ils ne prennent qu’une petite somme « invisible » pour que l’histoire soit conforme aux prémices et que cela redevienne logique.

Le pauvre Chabrol s’est pris les pieds dans le tapis.

Il faut ce talent d’interprétation pour que l’on puisse croire à la passion d’une Isabelle dans la force de l’âge, avec le semi-vieillard qu’est Michel. Et leurs amours, sans doute chastes, sont alimentées par leurs ruses félines. Ils sont gourmands l’un de l’autre.

Eux, qui veulent rester de petits escrocs pour ne pas attirer l’attention, nagent dans l’admiration réciproque. Et quand ils changent de braquet, ils se cramponnent. Du grand art.


Cluzet navigue assez bien entre ces personnages. Tantôt maître de la situation, tantôt dindon de la farce.

Balmer nous fait un numéro parodique inoubliable, de grand mafieux amateur d’opéra. Un cacique très policé, jusqu’à dans ses plus infâmes forfaits. Cet être « sensible » prétend qu’il se serait bien passé d’avoir tué le plus jeune, en lui plantant progressivement une aiguille dans l’oeil. Mais on voit bien, qu’il y a pris un certain plaisir. Rare et subtile ambivalence.

Les dernières minutes sont savoureuses. Serrault joue au martyr en chaise roulante face à la belle qu’il veut reconquérir. Il y a mieux pour séduire. Elle n’est pas dupe.

Mais le camping-car emporte Isabelle, ambiance triste. C’est la fin de l’histoire, et la fin de leur histoire.

Mais le véhicule revient rapidement. Ouf, c’est quand même un happy end.

Les deux pour le même prix.

A j’allais oublier, il y a un peu trop de Chabrol au générique. Le patron semble y avoir casé là une partie de sa famille. Du Chabrol provincial au Chabrol familial. Il ne manquait plus que cela.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Rien_ne_va_plus_(film,_1997)

Michel Serrault
Isabelle Huppert
François Cluzet
Jean-François Balmer

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