UKRAINE RUSSIE. Hélène Carrère d’Encausse 92 ans – Femme de conviction(s)

Hélène Carrère d’Encausse a 92 ans au moment où j’écris ces lignes. On lui en donnerait bien moins, compte tenu de sa vivacité et de ses capacités de réflexion. De plus elle est restée bien élégante.

Elle est née apatride à Paris sous le nom d’Hélène Zourabichvili en 1929. Un nom qui trahi facilement ses origines familiales partiellement géorgiennes.

A noter qu’elle aurait été « très largement élevée par la famille Bardèche ». Un nom qui ne nous est pas inconnu sur ce site qui traite beaucoup de cinéma. Bardèche et Brasillach sont deux intellectuels activistes d’extrême droite à qui on doit une excellente Histoire du cinéma.

Elle a revendiqué la nationalité française sitôt qu’elle eut 21 ans, âge de la majorité en son temps. Et son engagement pour ce pays a peu d’équivalent. C’est en quelque sorte le privilège de ceux qui ont librement choisi et qui ont eu conscience de l’importance de ce cadeau là. On est bien loin de ceux qui maintenant n’y voient que les avantages financiers et qui ne se gênent pas pour cracher sur notre nation. Heureusement ils ne sont pas tous comme cela.

Notre histoire est pleine de ces immigrés doués, ou fertiles familles d’immigrés, qui ont enrichi notre pays grâce à leur implication et leur talent.

Cette femme est une brillante intellectuelle. Elle a fait de hautes études et se retrouve à présent secrétaire perpétuel de l’Académie française (« perpétuel » : genre neutre revendiqué – pour elle par exemple, l’écriture inclusive serait « péril mortel » )

Elle connaît très bien le monde russe. La Géorgie en faisait partie à l’époque soviétique. Sa langue « maternelle » a été le russe, bien que née à Paris.

En 1978 elle écrit le très prémonitoire L’Empire éclaté qui prédit la fin de l’URSS. Ce ne fut pas la seule, comme par exemple Emmanuel Todd en 1976 dans La Chute finale. Mais chacun avançait ses propres raisons à ce prévisible éclatement.

Hélène Carrère d’Encausse agitait le spectre du grand remplacement par les composantes asiatiques et musulmanes. Ce ne fut pas le moteur du changement de 1989. Les fissures sont venues de l’intérieur pour des raisons économiques et de la périphérie par l’opposition des Hongrois et des Polonais. Mais pas seulement.

Elle a fait partie du comité d’éthique français de la chaîne de télévision russe RT. Mais elle l’a déserté depuis un moment.

Elle clairement de droite, libérale et conservatrice à la fois.

Et quand on lui demande maintenant ses solutions pour le conflit/guerre Empire russe contre le reste du monde, elle brandit la Culture française. Elle sait que cet énorme magot intellectuel est respecté partout dans le monde. Plus en dehors qu’en dedans. Et que ce ne sont pas les armes qui vont résoudre quoi que ce soit.

Elle, qui voit les choses de l’intérieur et de l’extérieur à la fois, sait que nous avons un gros pactole national. Il ne s’agit pas seulement d’une collection de belles vieilles choses, mais d’un état d’esprit libertaire et des merveilleux outils qui l’accompagnent. La culture c’est cette effervescence réfléchie permanente qui a des sources profondes et qui est à même de déboucher sur de bonnes idées et du concret. Il faut des siècles pour en arriver là et quelques années pour tout détruire. Elle touche toutes les branches du savoir.

  • Encore faudrait-il que ce trésor ne soit pas dilapidé par le nivellement et le relativisme, comme on peut le craindre depuis des décennies. D’ailleurs la culture, étrangement, est devenue suspecte en raison de son « élitisme », y compris pour de nombreux professeurs qui devraient la propager. ça c’est moi qui le rajoute.

Elle a écrit en 1968 sur la question ukrainienne dans le Monde Diplomatique (lien en bas de page) – Elle nous offre là une vaste vision historique. Voici quelques extraits :

L’Ukraine offre un visage ambigu. Est-ce un pays slave qui, face à l’Occident, joue le rôle de sentinelle de l’URSS, centre du monde slave ? Est-ce un pays qui cherche encore son destin personnel ?

Après la révolution [1917] et la guerre civile particulièrement dramatiques en Ukraine, le pouvoir soviétique avait opté pour une politique d’ukrainisation destinée à transformer ce territoire russifié, dominé par la Russie, en un territoire véritablement ukrainien.

Les purges des années 1935-1938 frappent en Ukraine tous ceux qui cherchent à défendre la culture nationale, la langue, le passé. Les dirigeants ukrainiens sont tous épurés ou acculés au suicide.

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, l’Ukraine semblait à bien des égards privilégiée. Les agrandissements territoriaux comblaient les aspirations à l’unité de la nation toujours exprimées et donnaient à la république un poids accru dans l’Union.

Il y a le problème de la collaboration avec l’ennemi [nazi] qui se confond en réalité avec le problème de la résistance nationale et du refus du pouvoir soviétique.

 La politique soviétique va osciller dans une première période qui va de 1945 à 1949-1950 entre ce souci de reconnaître une place au sentiment national, de l’associer à la reconstruction de l’URSS, et l’exaltation d’un chauvinisme grand-russien qui ne cesse de croître.

Nikita Khrouchtchev, s’oriente vers une condamnation du nationalisme ukrainien qui éclate au seizième congrès du CPU en janvier 1949.

A cet épanouissement du sentiment ukrainien, le pouvoir soviétique répond par la russification à outrance.

Nécessité d’extirper le sentiment national ukrainien exprimé par les « nationalistes bourgeois », « qui veulent séparer le peuple ukrainien de son frère le peuple russe et le livrer aux impérialistes étrangers »

La disparition de Staline et le limogeage de Beria modifient radicalement la politique nationale de l’URSS et donnent à l’Ukraine une place exceptionnelle dans l’Union.

En février 1954, la région de Crimée, jadis rattachée à la RSFSR, est donnée à l’Ukraine.

Années 60 : De son poids spécifique dans l’Union, du rôle qu’elle y a joué, de son développement récent, l’Ukraine peut-elle conclure à autre chose qu’un désir de s’affirmer davantage, de protéger sa particularité ?

Ce n’est pas le socialisme qui est en question, mais bien l’égalité réelle, et pas une égalité à la Orwell, des nations socialistes. 

En 2014 lors de la première invasion russe de l’Ukraine/Crimée :

« En Ukraine, l’UE a fait preuve d’aveuglement »

Kiev a offert la Crimée à Poutine sur un plateau d’argent. Poutine en a eu assez. Certes, le basculement de la Crimée dans le giron russe n’a pas été légal au regard du droit international, mais je ne parlerais pas pour autant d' »annexion ». Davantage d’une modification des frontières qui n’a pas été réglée par le biais d’un accord international

Vladimir Poutine n’est pas idiot. Il n’est nullement question à ses yeux de s’emparer de la moitié de l’Ukraine.

À ses yeux, l’Ukraine sert plutôt de levier pour dire aux Occidentaux : « Vous ne pouvez pas ignorer ou mépriser la Russie. »

Depuis deux ans, Poutine développait sa conception d’un espace eurasien, inenvisageable sans l’Ukraine. Boris Eltsine, à qui j’avais demandé, lors de sa venue à Paris en 1987, s’il ne pensait pas que l’empire soviétique avait vécu, m’avait déjà répondu : « Oui, mais il faut sauver la solidarité entre les trois États slaves », à savoir la Russie, l’Ukraine et la Biélorussie.

Mars 2022 sur 24heures.ch

«Ça peut être le commencement de la fin pour Poutine»

L’historienne avait toujours défendu Vladimir Poutine. Aujourd’hui, elle qualifie l’invasion russe en Ukraine comme une aberration et un échec total.

D’ailleurs elle était persuadée à tort que les Russes n’attaqueraient pas l’Ukraine : « Envahir l’Ukraine, dangereux et contre-productif pour Poutine » disait elle début février 2022

Elle rajoutait : « Les Russes ne veulent pas rompre avec l’Europe »

« Pour avoir la vérité » on doit « prendre en considération les deux pays. Je ne suis pas d’un côté ou d’un autre : je suis des deux à la fois »

Un fois la guerre déclarée en mars 2022 elle affirme : « Cette guerre heurte profondément les Russes »

Mai 2022 sur LCI :

Le 24 février, Poutine « n’avait aucune raison de partir contre l’Ukraine. Il avait tout dans les mains : la Crimée, l’engagement ukrainien de ne pas aller dans l’Otan. Mais il a cru pouvoir faire un geste spectaculaire et la conséquence est qu’il n’est plus en conflit contre les Ukrainiens, mais en guerre sur le sol ukrainien, contre les États-Unis »

https://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%A9l%C3%A8ne_Carr%C3%A8re_d%27Encausse

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mur_de_Berlin#La_chute_du_Mur

https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Empire_%C3%A9clat%C3%A9

https://www.monde-diplomatique.fr/1968/10/CARRERE_D_ENCAUSSE/28596 (texte de 1968)

https://www.tf1info.fr/international/guerre-ukraine-russie-vers-une-nouvelle-guerre-froide-helene-carrere-d-encausse-pointe-le-changement-de-nature-de-la-guerre-en-ukraine-2219148.html

https://www.24heures.ch/ca-peut-etre-le-commencement-de-la-fin-pour-poutine-765848269914

https://www.lejdd.fr/International/Europe/Helene-Carrere-d-Encausse-En-Ukraine-l-UE-a-fait-preuve-d-aveuglement-709006

https://desk-russie.eu/2021/09/05/madame-carrere-d-encausse.html

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