Avis film Bresson. Journal d’un curé de campagne. 6/10

A réserver aux croyants. Surtout ceux qui se battent la coulpe en permanence.

Ce mélodrame d’une profonde religiosité et d’un sinistre achevé, use en permanence nos nerfs.

  • Pour moi, c’est le registre étroit de la foi de charbonnier et/ou des grenouilles de bénitier.

Georges Bernanos ne nous épargne pas avec cet opus de 1936. C’est sans doute pour nous mettre dans le bain de cette ascèse maladive, tant souhaitée par les fervents catholiques.

  • Ce n’est pas avec cela qu’il convaincra Nietzsche et moi-même. L’idéal ascétique étant pour le philosophe une manifestation de la haine de la vie (Généalogie de la morale) (*)

En 1951, le réalisateur Robert Bresson se charge de nous faire souffrir en noir et blanc. En fait les scènes alternent avec la rédaction de ce fameux journal.

***

Le jeune curé débarque dans un sinistre petit bled, en milieu hostile, sur son minable petit vélo. Rien ne se passe bien pour lui, mais il est plein d’illusions. Personne ne l’accueille vraiment. Son nouveau domicile est triste à mourir. Tout le monde semble mal à l’aise dans ce village. Le curé du prochain village ne donne pas cher de sa carrière. Il pense que ce gamin ne parviendra pas à s’imposer, qu’il se fera bouffer tout cru. Il lui dit d’ailleurs.

Et cela commence mal, avec ce paroissien qui ne veut pas payer le juste prix pour une messe des morts.

La caméra insiste bien sur les vêtements mités du prélat looser, et sa mine catastrophique. Un médecin, qui ne manquera pas de se suicider par la suite, l’épinglera en tant qu’hérédo-alcoolique. Il aurait pâti des excès de vinasse de sa mère lors de la grossesse. C’est le triste syndrome fœto-alcoolique. Bon acceptons pour l’instant ce diagnostic rapide, qui n’apparaît pas si évident dans le film. Notre débutant souffre de violents symptômes digestifs.

En fait c’est un cancer de l’estomac, mais on ne le saura qu’à la fin.

Notre Méphisto à l’envers, cherche une âme. Il arrivera quand même à convertir la comtesse. Mais elle n’en profitera dans ce monde, puisqu’elle décédera elle aussi, un jour après.

Le cureton joué par Claude Laydu, finira par y passer lui aussi.

Mon dieu (?) que c’est triste et pénible tout cela. L’agonie cinématographique générale dure presque deux heures. « Tout est grâce », tu parles !

Cela vaut quand même un 6/10, car c’est bien filmé.

Le livre a été « encensé » en 1936. Ce qui laisse à penser qu’il a bénéficié d’une « réaction » aux mouvements sociaux profondément athée du moment. C’était du temps de Pie XI, qui a négocié les accords du Latran avec Benito Mussolini. Clairement anticommuniste, le pape est plus « mesuré » avec le fascisme. Mais c’est un point encore très discuté.

Apostrophe :

Mon cher Bernanos, si tu m’entends. Tu as cru toute ta vie de chrétien, aux bénéfices de la souffrance, du malheur et des épreuves. Autant des valeurs qui donneraient leurs fruits post-mortem, sous diverses formes de félicité (sauf les Houris, ces vierges réservées aux bienheureux du paradis musulman)

A voir ton implication dans la cause catholique, tu as du gagné des km2 de ciel bleu. Je t’imagine sur ton cumulo-nimbus rien qu’à toi. Ou plutôt, je ne te vois pas vraiment.

D’où ma question : es-tu à présent âme désincarnée, un squelette dansant, un joyeux ectoplasme, un vieux décati dans l’état où tu as laissé ta dépouille en nous quittant, un jeune Bernanos au sommet de sa forme confortablement installé sur son nuage ?

Ne m’en veux pas, je sais que je chipote scolastiquement parlant. Mais je suis un indécrottable du « Parti d’en rire« .

https://fr.wikipedia.org/wiki/Journal_d%27un_cur%C3%A9_de_campagne_(film)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Journal_d%27un_cur%C3%A9_de_campagne

http://palimpsestes.fr/textes_philo/nietzsche/ideal-ascetique.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Pie_XI

« L’homme, le plus vaillant, le plus apte à la souffrance de tous les animaux, ne rejette pas la souffrance en soi : il la cherche même, pourvu qu’on lui montre la raison d’être, le pourquoi de cette souffrance. Le non-sens de la douleur, et non la douleur elle-même est la malédiction qui a jusqu’à présent pesé sur l’humanité, — or, l’idéal ascétique lui donnait un sens ! C’était jusqu’à présent le seul sens qu’on lui eût donné ; n’importe quel sens vaut mieux que pas de sens du tout ; l’idéal ascétique n’était à tous les points de vue que le « faute de mieux » par excellence, l’unique pis-aller qu’il y eût. »

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