Avis film, Cléopâtre. Mankiewicz, Elizabeth Taylor, Richard Burton, Rex Harrison. 6/10

* * * Notre 20ème siècle.

I) Apogée Péplum, version 70 mm.

Cette partie du 20ème siècle chérissait les dispendieuses sagas. Les grands studios se livraient à une dangereuse escalade des budgets, dans le choix vedettes et des moyens.

Le Cléopâtre de 1963, finalisé par le sauveteur in extremis Mankiewicz, fut sans doute la plus formidable tentative de se hisser au sommet. Avant que la création soit dénaturée au montage par Zanuck. Après cet opus, le déluge.

Le film aura son lot d’Oscars. Ce qui ne signifie pas nécessairement que ce soit un bon film. Les juges de Los Angeles saluent surtout les efforts impressionnants.

  • Cela n’a guère changé, quand on voit le sacre d’un Leonardo DiCaprio, écrabouillé de toutes part, dans le film médiocre The Revenant de 2015. Ce qu’on apprécie ici c’est sa résistance à se faire écraser par des ours de plusieurs centaines de kilos. Un exploit « sportif » tout à fait impossible d’ailleurs.

Cléopâtre mettra la glorieuse 20th Century Fox presque à genou car ce film est trop cher, trop long à réaliser (5 ans), et trop long à projeter (4 heures). Ne vous plaignez pas, il y a même une Director’s cut de 320 minutes.

Film épuisant qui amena Mankiewicz à tenter de se maintenir en forme avec des injections de Dexedrine. Le réalisateur de l’excessivement romantique La Comtesse aux pieds nus n’était peut être pas le meilleur choix pour une telle épopée (Humphrey Bogart, Ava Gardner)

Elizabeth Taylor tomba malade sérieusement, méningite et pneumonie. On arrête là, sinon on va tomber dans le fantastique farfelu, façon malédiction de Toutankhamon.

Les plus romantiques des spectateurs et les amateurs de people, attendent le couple supposé mythique au tournant. Elizabeth Taylor en Cléopâtre et Richard Burton en Marc Antoine. Ils ne seront pas déçus par nos cabots capricieux. Les deux têtes d’affiche se hissent au sommet de la pyramide (hum) et notre siècle les contemple… et eux nous méprisent.

A noter les décors qui sont moins impressionnants et plus tocards qu’on le dit. Pourtant on avait déjà exhumé Toutânkhamon. Ils auraient pu faire un effort de beauté et de réalisme.

II) Astérix, Obélix, Goscinny et Uderzo s’invitent à la fête. Nos compères se moquent gentiment de cette débauche cinématographique. Mais ils glissent leur bienveillant grains de sel. C’est un excellent travail.

III) Mission Cléopâtre. Astérix et Chabat. La version de 2001 allie une distribution premier choix, des gags intéressants et une saine transposition. Bravos les artistes, nous les avons salué ici : https://librecritique.fr/avis-mission-cleopatre-asterix-chabat-resume-2001-7-5-10/

* * * Il y a plus de 20ème siècle.


L’histoire complexe de César, Cléopâtre, Antoine et le petit Césarion est archi-connue. On n’y revient pas. Ils meurent tous en cours de route.

I) Civilisation et monuments grandioses.

Mine de rien, le ressort est le même. C’est par le « paraître », dont l’urbanisme titanesque, voire menaçant, que les régnants s’assurent du respect du peuple, des corps intermédiaires et de leurs ennemies. Comme la 20th Century Fox le fit sentir avec son Cléopâtre. Méfions-nous de cet hubris civilisationnel.
Dans cette alliance des dieux, des pharaons, des rois, le césaro-papisme pointait déjà le bout de son immense nez.

II) Et le peuple ?

Comme toujours, les grands de ce monde, voulaient le pouvoir, la notoriété et l’argent. La plupart pensaient sincèrement le mériter. Contrairement à ce que susurre la doxa, le peuple a profité de ce ruissellement. Bon, les esclaves sont encore en profond retrait, mais Goscinny nous suggère qu’ils ont bénéficié d’une « diminution » (baisse du nombre de coups de fouet).

  • Cette affaire reste un enjeu politique notoire. L’esclave-prolétaire Spartacus est devenu un symbole communiste. Karl Marx en parle la larme à l’oeil. Kirk Douglas nous donne une image flatteuse de ce héros dans le film de Stanley Kubrick. On le comprend.

Dans la mesure où la civilisation a quand même franchi quelques marches, on doit pardonner à bon nombre de ces notables puissants, voire féliciter ce système hautement hiérarchisé. On parle même de République !

Mais l’habile César / Rex Harrison se fera nommé dictateur à vie (49 av. J.-C.). Ce revirement napoléonien (1815) lui coûtera cher quand même : « tu quoque mi fili », nous apprenait-on en cours de latin. Cela avait sans doute moins de succès à la récré qu’« arrête ton char Ben-Hur ».

Ne commettons pas d’anachronismes svp. Rome ne s’est pas fait en 15 jours, comme on dit.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Elizabeth_Taylor

https://fr.wikipedia.org/wiki/Cl%C3%A9op%C3%A2tre_(film,_1963)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_L._Mankiewicz

https://fr.wikipedia.org/wiki/Oscars_du_cin%C3%A9ma

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ast%C3%A9rix_et_Cl%C3%A9op%C3%A2tre

https://fr.wikipedia.org/wiki/Spartacus

https://fr.wiktionary.org/wiki/tu_quoque_mi_fili

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jules_C%C3%A9sar

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