La Comtesse aux pieds nus (1954) 7/10 Ava Gardner Vs Grâce Kelly

(The Barefoot Contessa)

Mauvais casting ?

Bon là, je sais pertinemment que je commence fort et que je vais prendre des coups. Ce que je vais écrire maintenant ne colle pas avec la doxa et l’unanimisme sur cette œuvre. Allez, j’y vais, je mets les pieds (nus?) dans le plat.

Il y a quelque chose qui ne colle pas dans ce film. C’est soit la faute du scénario, soit celle du choix d’Ava Gardner, soit plus probablement celle des deux à la fois.

Je ne mets pas en cause les grandes qualités de l’artiste, mais son adéquation avec ce curieux personnage.

Comment penser que notre Ava de l’écran, traditionnellement si flamboyante, si pétulante et si sulfureuse, se fasse avoir à chaque fois par les sentiments et résiste autant aux sollicitations deux milliardaires ?

  • Il est clair que dans la vraie vie, notre belle oiseau à cervelle de linotte (*), s’est fait souvent menée en bateau. Mais elle n’a pas résisté autant qu’on peut le croire. Elle était plutôt du genre à se précipiter tête baissée.

Elle n’a pas le profil ciné d’une Cendrillon effacée, tant elle déborde manifestement de libido et de passion de toutes parts. Ava, dans notre imaginaire, c’est la femme fatale, la veuve noire qui dévore ses maris, la Carmen brûlante et tentatrice. C’est une finaude intuitive qui sait renifler les pièges, pas une demi-sotte qui tombe si régulièrement dans tous les panneaux.

  • Bogart le protecteur, casé par ailleurs, n’est là que pour faire valoir son sixième sens. Il aurait pu avertir la production. C’est lui, l’ami sans fausses notes, qui a la charge de pressentir les désastres. Je ne sais pas quel transfert mâle / mâle de phéromones lui montre que le comte à un problème, qui se révélera de nature sexuelle. C’est plus logiquement les femmes qui sont sensibles à ces messages chimiques là.

Ici, c’était un job pour une blonde plutôt réservée voire effacée. Mais qui pourrait en même temps être une sorte de miss monde inatteignable, extrêmement belle et classieuse. Ce double « je » aurait eu de quoi susciter bien des désirs fantasmés. Et là cela matche pile poil avec le rôle.

Elle aurait pu même avoir ces faiblesses passagères avec des joueurs de castagnettes. Ces petits pas de côté auraient semblé mignons ; et non pas si étrangement à côté de la plaque, pour une femme qui a fait un quasi vœu de chasteté, en attendant un hypothétique prince charmant.

Sans doute que les producteurs pensaient même, consciemment ou non, à Grâce Kelly, avec laquelle elle a été en concurrence dans la vie et dans Mogambo (1953).

  • N’y a-t-il pas ici la caricature de son mariage monégasque princier ? Pauvre Rainier III, il n’a pas du se sentir flatté, par ce portrait d’un souverain privé de ses attributs virils.

Le film a de bons côtés.

J’aime bien la stratégie du début, consistant à nous faire attendre l’apparition de la diva. Elle n’est d’abord présente que dans les yeux ébahis des spectateurs du tripot. Puis un premier intervenant n’arrive pas à la faire venir à la table du grand producteur, et on ne l’a voit toujours pas. Seul Bogart est capable de la faire bouger et de nous la montrer. Beau teasing.

C’est cruel de nous montrer l’immense attrait mondial d’alors pour la Riviera Française et les codes chics de notre pays. Il est dit de notre côte d’azur que « c’est le plus bel endroit du monde ». Comment voulez-vous qu’après cela, je ne me laisse pas corrompre. De là vient la sur-notation à 7/10.

Vu de maintenant, on mesure la chute et cela peut alimenter largement les thèses déclinistes.

Le film a de mauvais côtés.

Je n’apprécie pas trop quand les films organisent leur propre clap. Nous présenter si obstinément Ava comme la meilleure actrice du monde, n’est pas d’une grande élégance.

Je n’aime pas le style mélodramatique trop appuyé de l’ensemble. L’emphase et l’hyperbole, mais aussi les sentiments trop carrés, font partis des antiquailles du cinéma.

Ce n’est pas mieux pour ces portraits de stars qui nous regardent de haut depuis leur Mont Olympe, avec leurs vêtements haute couture, que ne peuvent être portés par de simples mortels.

Ce décorum du luxe pur, dresse une muraille entre le bon peuple et cette nouvelle aristocratie du show biz. C’était voulu comme cela à l’époque, Star signifiant des distances mesurées en années lumière.

  • On les aime maintenant tout autant friquées, mais bien plus ordinaires. Ce sont des copines « next door », façon Kardashian. La barrière existe toujours mais elle se veut moins visible. Le message est devenue : vous le pouvez aussi, rien n’est impossible.

L’omniprésence de la voix off a quelque chose de ringard et daté. On se croirait dans un mauvais Orson Welles. Et puis cela fait « muet » finalement, puisque pendant ces interventions de l’au delà, les vedettes prennent des mines un peu forcées, forcément en silence.

Le mythe de la prétendue tristesse d’une célébrité riche et douée, qui ne se refuse rien, surprend maintenant.

J’adore la réplique suivante de Gardner, qui nous fait mesurer la distance avec notre époque : « Une grande vedette se devrait de fumer, n’est ce pas ».

Il y a un truc équivalent dans un OSS 117 avec Béjo et Dujardin.

  • – Cigarette ?
  • – Non merci, je ne fume pas. Je n’arrive pas à aimer cela.
  • – Quel dommage ! Pourtant fumer détend.
  • – Oui je sais j’enrage. Ne pas fumer me tue. Je vais réessayer, je vous le promets.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ava_Gardner

https://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_L._Mankiewicz

https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Comtesse_aux_pieds_nus

Cadeau ! Les amours de la belle Ava.

« Je dois à Mickey Rooney une chose : il m’a appris combien j’aimais le sexe. Si le sexe n’avait pas été aussi bon avec lui, je ne serais pas restée aussi longtemps avec lui. C’est dommage que personne ne croît plus en la simple luxure. »

Son mari sur une courte période, Artie Shaw dit d’elle : « elle tellement belle mais bête comme une oie » (voir plus haut *).

Il y a eu une sorte de coup d’un soir avec son idole de jeunesse, le grand Clark Gable (dont j’ai lu une fois qu’il aurait eu le plus petit kiki d’Hollywood) Mais la Grace Kelly dont on parle ci-dessus a su prendre le relais.

Elle est tombée fugacement dans les bras de Frank Sinatra, comme tant d’autres.

Robert Taylor sortait parfois du lit de Barbara Stanwyck pour la rejoindre.

On peut mettre aussi à son tableau de chasse l’acteur Howard Duff, Robert Mitchum et George C. Scott.

Elle a quand même fini sur le matelas du puissant nabab Howard Hughes. Ce qui va à l’encontre de la thèse cinématographique développée ici, quant à sa supposée résistance aux gars ultra-friqués.

Ses galipettes occasionnelles avec le torero Luis Miguel Dominguin, sont plus en phase ce qu’on suggère dans le film.

https://www.vanityfair.fr/culture/people/diaporama/les-hommes-d-ava-gardner/40590

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