La Maman et la Putain, Jean Eustache, Jean-Pierre Léaud, Françoise Lebrun, Bernadette Lafont. 8/10

On ne pas simplement dire que ce film de 3h40 est juste une œuvre d’art et d’essai, puis s’en laver les mains… façon « débrouillez-vous ».

50 ans après on doit pouvoir aller plus loin dans l’analyse. Ce film n’est dérangeant que pour ceux qui ne veulent rien entendre. Ceux qui ont vécu pleinement cette époque savent que c’est d’un réalisme profond.

Jean Eustache fait certes partie de la Nouvelle Vague, comme Jean-Luc GodardÉric RohmerJean DouchetJean-Pierre Léaud,  Paul Vecchiali et bien d’autres amis des Cahiers du cinéma. Et dans cette réalisation de 1973, il y a de cela. Mais cette tentative de classification n’a pas non plus d’importance.

Le sujet c’est l’amour, c’est la « baise ». Ce dernier terme nous est jeté à la figure plusieurs dizaines de fois. Dont, dans la longue tirade tardive d’une Françoise Lebrun bourrée.

Difficile de faire plus impliquant puisque  Françoise Lebrun a été la maîtresse de Jean Eustache. C’est du vécu tout plein.

En dépit des mots qui pouvaient se montrer choquants, surtout chez les « vertueux » de ces années là, cela n’a rien de vulgaire, bien au contraire. C’est juste la nouvelle désignation des « objets » d’intérêt. Les mots anciens des amours compassées et courtoises, devaient être rangés. Il fallait en adopter de nouveau pour permettre cette mise à nue des rapports hommes / femmes, sans contorsions intellectuelles, sans bagages culturels particuliers… Ils en avaient besoin après 1968, face à la démocratisation de la « fesse » et suite au post-existentialiste qui pointait son nez désormais, aux Deux Magots.

  • Accessoirement, Jean-Paul Sartre en prend pour son grade, en tant qu’has-been alcoolique qui n’aurait plus grand-chose à dire.

Et Eustache est chargé de mener l’affaire jusqu’au bout. Sans doute va-t-il trop loin au final, puisqu’il retombe sur l’idée conventionnelle de grossesse et de mariage.

  • Ce n’est pas encore tout à fait Le Banquet, premier grand questionnement écrit et cohérent sur l’amour de l’Histoire, que l’on doit à Platon / Socrate.

Ce qu’il y a de remarquable, c’est qu’il n’y a rien d’artificiel ici, même la préciosité « naturelle » de Jean-Pierre Léaud est acceptable. Elle entre ici, comme une composante de ce jeu d’adultes. Les filles liguées lui reprochent à un moment cette barrière du ton et des mots, qu’il dresse devant elles.

  • J’ai vu une fois le pauvre acteur vieilli, usé, traînant comme un clodo sur les boulevards. Triste impression que ce bonhomme sans mojo. Mais le bougre se devait de brûler sa vie pour parachever sa mission sur terre. C’était comme cela.

Bernadette Lafont, en petite boutiquière branchée, qui s’efforce de partager la simplicité/complexité des nouveaux rapports, qui en adopte le style tout en maintenant sa grâce, se cabre juste ce qu’il faut. Y compris dans les tentatives de trio.

  • Le trio n’est pas « sale » en soi. Ce n’est simplement pas pratique. Seules deux personnes peuvent réellement s’apprécier en même temps et se consacrer pleinement l’une à l’autre. Les années 70 ont permis de confirmer ce jugement. Tout le monde avait envie alors d’essayer pour voir. Il y a eu d’autres expérimentations. Veni, vidi…

L’insoumise fait là un travail remarquable, y compris sur elle-même. Éblouissante dans ce décor de petit appartement pas cher de l’époque, matelas au sol, draps douteux, vaisselle pas lavée, portes sales.

  • J’en ai vu des comme cela… avec à l’intérieur des filles parfois radieuses, prêtent à vous déchirer, à se dévorer et/ou à s’aimer… à nous aimer.

Film primé à Cannes, mais très contesté à l’époque, par son apparence de jeux faux, alors que c’est précisément d’un réalisme éclatant, y compris dans ces aspects « mécaniques ».

Cette impression de dialogues trop « construits » est due à une écriture méticuleuse. Les acteurs doivent respecter les dialogues au mot près et se conformer à la prise de vue unique. Moi, je trouve qu’avec de telles contraintes, Eustache s’est bien débrouillé.

Il faut en effet en avoir fait du chemin pour véritablement apprécier ce scénario, tout sauf main-stream. Il n’est pas du tout révolutionnaire au sens maoïste et Godard du terme. Il était dans un créneau de sincérité brute qui ne pouvait pas plaire à grand monde. Maintenant bizarrement, il est dans le rang.

Allez, on se réveille ! Ce nectar à redécouvrir est pour nous. Mais attention, depuis on est passé au sans alcool.

https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Maman_et_la_Putain

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Eustache

https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Banquet_(Platon)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Platon

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Paul_Sartre

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bernadette_Lafont

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Pierre_L%C3%A9aud

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7oise_Lebrun

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