L’Ange bleu. Marlene Dietrich sexe état pur. Emil Jannings déchéance voulue. 8.5/10

On doit un des tous premiers films allemands parlants (1930) à Josef von Sternberg. Ce fut un coup de maître. Tout, absolument tout, colle dans ce long-métrage. Il s’agit maintenant d’une œuvre intemporelle, pas d’une relique de bientôt 100 ans.

Mais attention au contresens habituel, que l’on voit exposé bêtement ici ou là ! L’Ange bleu n’est pas un film sur une jeune femme fatale, qui détruirait volontairement les hommes qu’elle a sous son pouvoir.

Certes, la comédienne Marlene Dietrich, incarne une belle femme, dévouée à l’amour et qui séduit tous les mâles.

Elle affiche clairement la couleur dans sa fameuse chanson :  Ich bin von Kopf bis Fuss auf Liebe eingestellt (« Je suis, de la tête aux pieds, faite pour l’amour ».

Mais elle est fidèle à ceux qu’elle a choisi. Elle accepte même le mariage. Le Professor Unrat / Emil Jannings restera 5 ans avec elle et vivra à ses crochets. Elle l’a donc entretenu pendant tout ce temps là.

La chanteuse Lola-Lola est irrésistible et par sa beauté naturelle et par sa modernité.

La dégradation du vieux professeur, est en fait une descente aux enfers consentie. Il abandonne son poste au Gymnasium. Il faut reconnaître qu’il est poussé vers la sortie, une fois son attitude « immorale », découverte par la hiérarchie. Mais on lui a laissé sa chance. Il suffisait de renoncer à cette passade, cette folie.

Il n’est pas à sa place non plus chez ces saltimbanques et sans doute que Marlene Dietrich est un trop gros cadeau pour lui. Mais il essaye de s’intégrer. Il est très gai à son mariage quand il entame son cocorico version allemande. Il jubile même.

Pourquoi n’a-t-il pas su mettre son intelligence à profit ? Il aurait pu faire quelque chose dans ce groupe.

Pas étonnant qu’après si longtemps la toute jeune beauté finisse par se lasser.

Je persiste et signe, ce vieux croûton a eu ce qu’il voulait. Voir ce qui se passe tout là en bas. Le film peut être différent du roman d’Heinrich Mann, dont il est inspiré. Cela ne change rien.

J’ai été tout content de découvrir après coup cette confirmation :

Josef von Sternberg déclare au sujet du film : « Dietrich ne détruit pas l’homme, dans L’Ange bleu, il se détruit lui-même. La faute est sienne, c’est lui qui n’aurait pas dû se lancer dans cette aventure. C’est cela le sujet. »

En 1930, c’était du temps du Parti national du peuple allemand qui n’appréciait guère qu’on se fiche des autorités, dont les professeurs du collège. Son chef était le propriétaire majoritaire de l’UFA. Notre Emil Jannings a défendu âprement la cause du film. Preuve que Unrat / Jannings était bien dans ce canevas iconoclaste là.

Du coup, par bravade, le récemment oscarisé Josef von Sternberg et le producteur Erich Pommer en ont rajouté une couche.

Et nous avons été récompensé encore 100 fois plus avec ce champ du cygne, du coq en fait, qui a poussé la tragédie du clown à des sommets.

Les mises en sons et en chansons sont parfaites. A noter en particulier dans ce lieu bruyant qu’est le cabaret Ange Bleu, le jeu de portes ouvertes et fermées, avec les diverses cacophonies et les silences.

https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Ange_bleu_(film,_1930)

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