Pain, Amour et Fantaisie. Avis film. Gina Lollobrigida, Vittorio De Sica, Luigi Comencini. 8/10

Hommage à Gina Lollobrigida. Cette femme quasi parfaite, n’était pourtant éternelle. Elle vient de nous quitter (16/1/2023).

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On doit cette œuvre légère au grand Luigi Comencini, qui l’a réalisée en 1953. Quel petit bonheur charmant ! Ce bel exercice en noir et blanc est haut en couleurs !

A noter que cette comédie n’est pas aussi moqueuse, critique ou grinçante, que celles du néo-réalisme italien contemporain (1943-1955). Et le film n’est pas attendri, nostalgique, dramatique comme le sont les Pagnol de cette même période.

En fait, il faut la voir comme une sorte d’opérette, avec sa composante hors-sol, voire poétique, et son déterminisme de vaudeville. D’ailleurs cette comédie profondément « lyrique » est égaillée de quelques chants et l’agitation dansante en permanence de Gina Lollobrigida.

Il est bien agréable de constater que ce film conserve juste ce qu’il faut d’indétermination, quant aux couples qui vont réellement se former.

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Vous apprendrez ici ou là, que le titre « Pain, Amour et Fantaisie » vient en partie d’une réplique relevée du film :

Le maréchal des logis Vittorio De Sica, tel un maréchal d’Empire, arpente une rue de ce hameau, avec beaucoup de superbe. Il est très sûr de lui. Beau « seigneur », il s’enquiert ostensiblement du sort de ses « sujets » :

De Sica s’adresse à un paysan qui semble manger un sandwich :

« Que manges-tu ? »

Le paysan penaud lui répond :

« Du pain. »

De Sica insiste : « Et dans le pain ? »

Le paysan brode alors poétiquement tout en montrant qu’il n’y a rien à l’intérieur de sa pitance:

– « De l’imagination. » (fantasia en italien)

… et bien entendu l’amour ne manque pas, puisque sa recherche imprègne tout le long-métrage

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C’est un romance à têtes multiples se passe dans un très modeste milieu paysan.

L’attention du monde d’alors était encore accaparé par ces micro-sociétés agraires. Les estomacs ne voyaient guère plus loin. L’impérieuse nécessité, liée aux questions de subsistance, n’était pas encore soldée dans cet immédiat après-guerre. Le rationnement était encore en cours. Pour régler ces questions « vitales » on penchait plutôt du côté de l’autarcie et de la débrouillardise des individus.

Le néo-réalisme italien, allait dynamité tout cela et faire reporter l’attention vers le monde industriel et les grandes villes. Désormais l’individu était prêt à s’y noyer.

Cette mode agricole, qui a sévi dans bon nombre de pays européens, allait vite passer. Il y aura encore de maigres soubresauts de type Larzac par la suite. Mais cela ne concernera qu’une frange hippie proto-zadiste.

  • J’ai encore connu, certes alors que je n’étais qu’un enfant, ces repas du dimanche chez le grand meunier, avec ces tablées d’un autre âge qui réunissaient les notables, les humbles de la propriété et le curé. Bombance assurée chez ces professionnels du bon à manger. Et petites fantaisies exploratoires avec les filles qui démarraient très précocement leur adolescence.

Qui ferait encore de nos jours une romance dans ce milieu là, tant il est devenu froidement technique et peu convivial ?

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Revenons à nos moutons (hum).

Le personnage interprété par Vittorio De Sica, vient d’être parachuté à flanc de montagne, dans un trou perdu. Il est désormais le chef local des carabiniers et entend bien le montrer, tout en conservant le plus possible de bonhommie. Il aime être respecté … et aimé.

Il commence doucement à grisonner et avoue d’emblée qu’il est resté célibataire. Les filles à marier du pays s’agitent face à ce grand gaillard, beau comme l’antique, et aussi fier qu’un paon.

L’une d’elles n’est autre que cette fameuse Gina Lollobrigida. Cette icône qui nous a laissé croire pendant tant d’années, qu’elle nous appartenait à tous. A la fois Sainte comme le serait une maman, démone juste ce qu’il faut pour nous faire trembler de désir, mais aussi la femme archétypale, l’amante idéale et j’en passe…

Elle avait tout, quoiqu’après ce soit une affaire de goût ; brune, blonde, rousse, asiatique ou noire…

Ici elle joue la pauvrette bougresse, magnifique même en haillon. Une gazza ladra, une Pie voleuse de prunes, cueilleuse de fraises des bois. D’une nature insouciante et gaie, elle illumine tout sur son passage, pour ne pas dire qu’elle allume. Est-ce sa faute à elle ?

Mais Vittorio va plutôt être conquis par l’autre élément rapporté du village (lui était le premier « étranger »). Il s’agit d’une sage-femme jouée « raisonnablement » par Marisa Merlini. Elle est bien plus dans sa cible d’âge et paraît nettement plus posée et domptable ; à défaut d’être une bombasse. De Sica, réaliste, parie sur la durée. Il veut se faire une fin. Elle pourrait partager cette ambition acceptable.

La semi-clocharde Gina finit par être fortement convoitée, en tout cas l’espace d’un moment, par notre fringuant Vittorio De Sica, qui était déjà bien excité par la belle et qui là est devenu manifestement en manque cruel.

Il délaisse alors « l’autre », sur un quiproquos. En effet, la sage-femme Marisa Merlini fait régulièrement des séjours énigmatiques à Rome. Elle en revient trop heureuse pour être honnête.

Comme c’est construit comme un vaudeville outdoors, il y a forcément des rebondissements en pagaille. Saint-Antoine, par l’intermédiaire d’une statuette instable, vient même se mêler des affaires du village. Miracle ou non, c’est à vous de juger.

Le final permet à tout un chacun de faire que les choses rentrent dans l’ordre. C’est comme cela dans les opérettes, on range ses affaires avant de baisser le rideau.

Vittorio n’accepte par le premier refus carré de Marisa.

Il continue de plus bel, à faire la parade nuptiale du coq en majesté, mais de manière hyper-virile, dominatrice et éblouissante. Rien à voir avec le « kikeriki » tout riquiqui d’Emil Jannings, face à Marlene Dietrich dans L’Ange Bleu. De Sica acteur, comme à l’accoutumée, ne vise pas là s’abimer dans une descente infernale, une course à l’abime. Lui ce qu’il veut c’est la remontada lumineuse vers le domaine des anges ; les vrais anges multicolores cette fois. Il sait donc ce qu’est l’amour.

Et il y a comme qui dirait une « ouverture ». Vittorio s’y engouffre tout en comprenant sa méprise. La clef correspond à un fils caché, comme la plupart des spectateurs éclairés se doutaient depuis un moment. Et donc, en plus la Marisa est une bonne mère. Le règlement de l’époque fait qu’il devra démissionner pour convoler. Il s’en fiche. Il est au contraire tout joyeux.

Un petit carabinier s’emparera de Gina et réciproquement. Les deux sont pris L’équilibre des âges est préservé. Les deux oiseaux peuvent roucouler. Même si ce satané règlement leur impose de rester encore 20 mois sans concrétiser devant le maire et le curé.

« La même innocence

Les faisait trembler

Devant le merveilleux

Le miraculeux

Voyage de l’amour

C’était comme s’ils venaient au monde

Dans le premier matin du monde »

On peut trouver dans ce film, une curieuse déférence face aux autorités, en si bel uniforme, avec leurs saluts militaires si bien exécutés, et des « affirmatifs » comme s’il en pleuvait. Avec une telle ambiance, on s’attendrait presque à voir des portraits du Duce, ici ou là. Mais bien entendu, l’équipe ciné et les acteurs sont insoupçonnables.

La religion est moins bien lotie. Même le curé ne croit pas à ce « miracle » de Saint-Antoine. Et puis les ouailles alternent des « qu’il crève » avec les phrases rituelles bienveillantes du culte. Ces menaces superstitieuses s’adressent au méchant du village.

Adieu Gina Lollobrigida ! Emmène ce 8/10 avec toi au paradis.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Pain,_Amour_et_Fantaisie

https://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%A9or%C3%A9alisme_(cin%C3%A9ma)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9rette

https://fr.wikipedia.org/wiki/Gina_Lollobrigida

https://fr.wikipedia.org/wiki/Luigi_Comencini

https://greatsong.net/PAROLES-JEAN-FERRAT,DEUX-ENFANTS-AU-SOLEIL,107373968.html

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