Avis film. Christine. Carpenter, Stephen King, Plymouth Fury. 8/10

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Deux mauvaises fées se sont penchées sur son berceau, et pourtant c’est une réussite.

  1. John Carpenter nous a sorti ce petit bijou pétaradant en 1983. Pourtant je suis loin d’être un fan de ce manipulateur de frissons, ce professionnel du « hou ! Hou ! Fais-moi peur ». Halloween, la nuit des masques, Fog et Invasion Los Angeles m’ennuient profondément. Trop de facilités. Pas assez de crédibilité.
  2. Et bien que cela soit basé sur un livre de Stephen King, ce Christine reste bon. Ce barbant Stephen King est un autre de mes rejets profonds.

Pourquoi Christine est différent ? Parce qu’il joue sur deux registres, soigneusement intriqués.

Le fantastique est là bien sûr mais qui il tend franchement vers le fantasmatique. Je m’explique, sur ce dernier terme. Qu’une voiture soit un instrument de violence et de vengeance, je vois cela à tous les ronds points, tous les jours. Les rodéos urbains et autres facéties glauques confirment le diagnostic. Cette instrumentalisation de cette arme roulante est de l’ordre du fantasme. Au volant, on peut se retrouver tout près de la réalisation.

La Plymouth Fury de 1958 n’est pas une plus méchante bagnole qu’une autre, même à cette époque. Elle arbore encore cette calandre carnassière et des ailes menaçantes. Elle aura même des dents après des dégâts notoires, mais l’effet fait plutôt sourire. Son côté auto-réparateur est un procédé de ciné facile mais efficace. Il suffit de tourner à l’envers.

Nos habiles créateurs font de cette Plymouth un intéressant objet de désir / répulsion, ou amour / haine si vous préférez. Elle fera son petit chemin, sans bien sûr demander la permission à son nouveau propriétaire.

Ils en détruiront 25 pour le tournage (là, je pleure).

  • C’était avant que les voitures si méchamment anthropomorphes soient émasculées (difficile à accorder au féminin).

C’est un objet magique capable de transformer un timide Keith Gordon, quasi un looser, en un méchant à qui rien ne résiste. Gosse, on rêvait de cet accessoire, ou d’un autre, qui serait en mesure de réaliser cette indispensable mutation. On apprend, mais que sur le tard, que les objets ne peuvent rien pour nous, y compris ceux qui sont en théorie des emblèmes de classe. L’important c’est le contenu, le signifiant, pas l’emballage.

Les psychanalystes apprécieront que Gordon, devenu psychorigide et « stade anal », soit si révulsé que l’on ait déféqué sur son éminent symbole à quatre roues. C’est bien leur petit terrain de jeu merdo-bourbeux à cette caste là.

John Stockwell est le copain modérateur du personnage central. Ce gars sympa sent qu’il se passe quelque chose de louche, mais ne veut pas trop rapidement basculer vers le dark-side déraisonnable. Il restera donc le plus longtemps possible un référent de la raison.

La belle (?) Alexandra Paul est partagée entre son inclination pour Keith et le sentiment qu’il risque de l’entraîner vers un indicible diabolique. Elle montrera ses limites, au fur et à mesure que son ami de coeur, si gentil jadis, se transformera en un méchant caractérisé.

La vengeance est à nouveau le « moteur » du film. C’est un présupposé encombrant qui pollue le cinéma US. Keith Gordon a été traîné dans la boue et martyrisé, quand il n’était qu’un collégien insignifiant. Maintenant, ses bourreaux, un à un, vont y passer. Je doute que le public pleure sur eux. C’est typiquement américain cette passion vengeresse et cathartique, le plus possible hors juridiction.

https://fr.wikipedia.org/wiki/John_Carpenter

https://fr.wikipedia.org/wiki/Christine_(film,_1983)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Keith_Gordon

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