Moby Dick. Melville. Extraits. Livre en ligne. 8/10

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Récit en trois parties :

Le combat cosmique des quatre éléments.

Mais voyons ! cela ne ressemble-t-il pas vaguement à un poisson gigantesque ? au grand Léviathan lui-même ?

Queequeg… le cannibale… le harponneur, ce diable vendeur de têtes… Et mieux vaut dormir avec un cannibale à jeun qu’avec un chrétien ivre.

Le sermon:

La voûte terrifiante de la baleine

Arquait au-dessus de moi ses lugubres ténèbres.

Tandis que les vagues roulaient dans la lumière bénie

Me soulevant et m’envoyant plus profond à ma perte.

Je vis s’ouvrir la gueule de l’enfer

Avec ses tourments, ses douleurs éternelles

Connues des seuls damnés

Ah ! je sombrai dans le désespoir !

C’est une leçon qui s’adresse à nous tous pécheurs parce qu’elle relate l’histoire du péché, de la dureté du cœur, des craintes soudain éveillées, d’un prompt châtiment, du repentir, des prières et enfin de la délivrance et de la joie de Jonas. Le péché de tous les hommes, comme celui de ce fils d’Amittaï, est celui d’une désobéissance délibérée au commandement de Dieu…

Mais tout ce que Dieu nous demande, souvenez-vous en, est ardu à accomplir, c’est pourquoi il ordonne plus souvent qu’il n’entreprend de persuader. Et si nous obéissons à Dieu, nous devons nous désobéir à nous-mêmes, et c’est dans cette désobéissance à nous-mêmes que réside la difficulté d’obéir à Dieu.

Car, en ce monde, camarades, le Péché qui paie son passage peut voyager librement et sans papiers, alors que la Vertu, en pauvresse se fait, elle, arrêter à toutes les frontières.

Ne péchez pas ; mais si vous le faites, tâchez de le regretter à la manière de Jonas.

… la joie vous attend, elle s’élèvera d’autant plus haut que l’abîme de la douleur aura été plus profond.

La joie est le partage – une joie culminante et une joie intérieure – de celui qui, contre les dieux orgueilleux et les commodores de cette terre, demeure inexorablement fidèle à lui-même. La joie est à celui dont les bras restent fermes à le soutenir quand le navire de ce monde trompeur a sombré sous lui.

C’est un homme étrange, le capitaine Achab – certains, du moins, le trouvent étrange – mais c’est un homme ! Oh ! tu l’aimeras, n’aie crainte, n’aie crainte. Il a de la grandeur, c’est un homme sans dieu, pareil à un dieu, le capitaine Achab, peu causant, mais quand il parle, alors il faut bien l’écouter.

Marche et grogne, grogne et marche, telle est la formule du capitaine Achab.

hauban, le capitaine Achab se tenait droit, regardant fixement au-delà de la proue toujours plongeante du navire. Ce regard hardi tendu vers l’avant exprimait un infini de courage inébranlable, de volonté précise et irréductible. Il ne disait mot et ses officiers ne lui parlaient guère, mais leurs moindres gestes, leurs moindres expressions trahissaient ouvertement la conscience pénible, sinon douloureuse, qu’ils avaient de se trouver sous l’œil d’un maître tourmenté. De plus, cet Achab frappé et maussade avait un visage de crucifié, empreint d’une dignité indicible, royale et impérieuse et d’une douleur immense.

Qui, voyant alors Achab, assis sur son trépied d’ivoire, n’eût pas évoqué la royauté dont il était le symbole ? Khan des bordages, roi de l’Océan, et grand seigneur des léviathans, tel était Achab.

La démocratie forcenée de ces êtres inférieurs qu’étaient les harponneurs formait, grâce à son laisser-aller et ses aises insouciantes, le plus étrange contraste avec la contrainte presque insupportable et la tyrannie invisible et indicible qui régnait à la table du capitaine.

… la fraternité ne régnait pas au carré, Achab était humainement inaccessible. Bien qu’il fît partie en titre de la chrétienté, il y était parfaitement étranger.

Des représailles sur une brute muette ! Qui ne t’a frappé que par aveugle instinct ! Folie ! s’écria Starbuck. La fureur envers un animal, capitaine Achab, c’est un blasphème !

– Écoute encore… une couche plus profonde… Homme ! toutes choses visibles ne sont que des masques de carton-pâte. Mais dans chaque événement… dans l’acte vivant, le fait indubitable… quelque chose d’inconnu mais doué de raison porte, sous le masque dépourvu de raison, la forme d’un visage. Si l’homme frappe, qu’il frappe à travers ce masque ! Comment le prisonnier pourrait-il s’évader sans percer la muraille ? La baleine blanche est cette muraille dressée devant moi. Parfois je crois qu’il n’y a rien derrière. Mais il suffit. Elle me met à l’épreuve, elle m’accable. Je vois en elle une force révoltante, nourrie de vigoureuse malignité. Et c’est ce qui échappe à ma compréhension ce que je hais avant tout. Que la baleine blanche soit un agent ou qu’elle soit un principe, j’assouvirai sur elle ma haine. Ne me parle pas de blasphème, homme, je frapperais le soleil s’il m’insultait. Car si le soleil pouvait le faire, je pourrais aussi riposter, il y a une sorte d’équité dans la lutte, la jalousie a présidé à toute création. Mais je ne suis pas soumis aux règles du jeu, homme. Qui est au-dessus de moi ? La vérité est infinie. Détourne ton regard ! Le regard d’un imbécile est plus intolérable que l’œil furieux d’un démon !

NDLR : Nihilisme – qu’est ce qu’il y a derrière le mur dans le Salaire de la Peur.

Achab ne s’inclinait pas comme eux pour l’adorer mais, dans son délire, l’esprit du mal prenait corps dans la Baleine blanche tant haïe et, infirme, il se mesurait à elle. Tout ce qui incline à la folie, tout ce qui torture, tout ce qui remue la vase, toute vérité entachée de venin, tout ce qui fissure les nerfs et encroûte le cerveau, toute intervention démoniaque subtile dans la vie et dans la pensée, tout le mal, pour le dément Achab, c’était l’être visible de Moby Dick à qui l’on pouvait livrer un tangible combat. Sur la bosse blanche de la baleine, il accumulait la révolte et la haine universelles éprouvées par l’humanité depuis Adam et il chargeait le mortier de sa poitrine du brûlant explosif de son cœur.

… la folie particulière d’Achab avait pris d’assaut tout son jugement et concentrait toutes les batteries de son bon sens en les contraignant à servir son obsession, de sorte que, loin d’avoir décru, sa puissance s’était mille fois multipliée face à ce but et il y apportait une énergie dont il n’avait jamais fait usage en poursuivant un objectif raisonnable.

Achab entrevoyait en son cœur que si ses moyens étaient sains, ses mobiles et son but relevaient d’une démence à laquelle il ne pouvait se dérober, qu’il ne pouvait ni détruire ni modifier ; il savait aussi qu’il avait longuement dissimulé auprès des hommes, qu’il dissimulait encore. Il s’en rendait compte, mais sa volonté n’y pouvait rien changer.

Brûlé au-dehors, rongé en dedans par les crocs inexorables d’une incurable idée fixe, un tel homme, s’il existait, était tout désigné pour lever la lance et jeter le fer contre la plus repoussante des brutes.

Achab savait aussi que les hommes, sous l’empire d’une émotion violente, dédaignent toutes viles considérations, mais que de tels moments sont éphémères. Il était convaincu que l’état permanent de l’homme est la sordidité.

« Il y a toujours quelque suffisance dans les sommets et dans les tours et dans toutes choses grandes et altières, voyez ces trois pics aussi orgueilleux que Lucifer. La tour inébranlable, c’est Achab, le volcan, c’est Achab, l’oiseau courageux, sans peur, victorieux, c’est aussi Achab, tous sont Achab, et ce disque d’or n’est que l’image d’un monde plus rond encore qui, tel le miroir d’un magicien, tour à tour, à chaque homme ne renvoie que l’image de son moi mystérieux. Grandes douleurs, petits profits à celui qui demande au monde des réponses alors qu’il ne sait ce qu’il est lui-même…”

– Non, non, pas d’eau pour cela, je lui veux une vraie trempe de la mort. Ohé, vous ! Tashtego, Queequeg, Daggoo ! Qu’en dites-vous païens ? Me donnerez-vous ce qu’il faut de sang pour tremper ce dard ? dit-il en élevant son fer. Un chœur de sombres hochements de tête lui répondit oui. On fit trois entailles dans la chair païenne et les barbelures furent alors trempées pour la Baleine blanche. – « Eho non baptizo te in nomine patris, sed in nomine diaboli ! » hurla Achab en délire, tandis que le fer maléfique buvait de son feu le sang baptismal.

La familiarité des imbéciles est étonnante ! marmonna Achab

Alors je suis immortel et sur terre et sur mer, dit Achab avec un rire de dérision. Immortel et sur terre et sur mer !

https://fr.wikipedia.org/wiki/Moby_Dick_(film,_1956)

https://en.wikipedia.org/wiki/Moby_Dick_(1956_film)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jonas

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